Lectures

« Élégies – Chants nocturnes » de Friedrich Hölderlin (1770-1843)

Chaque soir depuis le début de mon confinement, j’ai lu un poème de Friedrich Hölderlin avant de m’endormir.

Je les ai choisis pour la nuit du titre, le silence de l’aquarelle par Marianne K. Leroux, le calme que m’inspire le grain de la couverture artisanale sous la pulpe de mes doigts.

Les vers de Hölderlin sont longs et libres, les lire à voix basse allonge la respiration, les images du poète apaisent. Ils allument dans mon esprit les lumières naturelles et font pousser la nature qui manquent dans le lieu de ma réclusion.

Parfois, cependant, je grimace d’une traduction malheureuse ; puis je me console d’un coup d’œil sur les pages gauches de cette édition bilingue de l’Atelier du Grand Tétras.

Je suis loin d’être une germaniste patentée, mais je sais suffisamment d’allemand pour m’irriter que « Menschen » (les gens) soit traduit par « les hommes ». Quand le poète distingue lui-même « der Mensch » (la personne, l’être humain) de « der Mann » (l’homme), cela devient une erreur de compréhension de les uniformiser en français.

Raoul de Varax testostérone à outrance des vers qui n’ont pas lieu de l’être. Soulagée que la faute en incombe au traducteur, et non au poète, qui s’en trouve trahi. Ainsi, triste preuve s’il en faut qu’un Français du XXIe siècle peut être plus machiste qu’un Allemand du XIXe.

Combien de fois devra-t-on expliquer aux Français que les hommes n’ont pas le monopole de l’humanité ?

Ainsi, j’aurais pu, par agacement, passer à côté du poète. Heureuse, donc, d’avoir su assez d’allemand pour ne pas me brouiller avec Hölderlin. En lisant de ses poèmes sur les paysages des îles de Grèce, qu’il a en imagination aimées comme je les ai aimées, je m’en suis rappelé le soleil, les étoiles, les roches inégales qui renvoient la lumière, la végétation sèche et généreuse. J’avais le goût, invraisemblablement, du miel et du fromage de brebis plein la bouche, et des feuilles de vigne de mon adorable Crète. Le climat où mon corps s’épanouit le mieux, où ma peau prend des couleurs et où les nuits sont douces.

En fermant ce livre, je me suis promis que je lirai encore du Hölderlin à l’avenir.

Que les fractales vous soient propices,

Harmony

Lectures

« Textes pour un poème, Poèmes pour un texte » d’Andrée Chedid, avec Bernard Giraudeau (1991)

Aujourd’hui, le 20 mars 2020, la poétesse Andrée Chedid aurait eu cent ans.

Cet anniversaire de son centenaire, je l’ai fêté dans un bain de douceur. Vêtements amples et chauds, thé au jasmin, chocolat praliné dans la bouche, et à l’oreille la poésie de Chedid, portée par sa voix et les graves apaisants de Bernard Giraudeau. Accompagnés de musique – mandoline, harpe, flûte de Pan, fifre, léger tambour… –, ces poèmes sont un baume et un cadeau en ces temps de chaos et d’angoisse.

livre audio lu par
Andrée Chedid & Bernard Giraudeau
à La Bibliothèque des voix

Cette écoute m’a réconfortée. Elle m’a apporté la paix, la respiration tranquille et la sérénité d’une séance de méditation.

En cette période anxieuse de confinement, je le recommande à tous et à toutes, mais surtout aux personnes malades, aux convalescent·e·s et à celles qui manquent de calme et d’espoir et qui veulent les retrouver.

(Astuce : les livraisons sont compromises, mais l’enregistrement peut être acheté en ligne au format numérique, par exemple sur le site de Kobo. C’est une autre façon de ne pas abandonner le marché du livre.)

Je vous laisse avec un de ces poèmes lumineux et à bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

Jeunesse,
Jeunesse qui t’élances dans les fatras des mondes,
Ne te défais pas à chaque ombre,
Ne te courbe pas sous chaque fardeau,
Que tes larmes irriguent
Plutôt qu’elles ne te rongent.

Garde-toi des mots qui se dégradent,
Garde-toi du feu qui pâlit,
Ne laisse pas découdre tes songes
Ni réduire ton regard.

Jeunesse,
Entends-moi :
Tu ne rêves pas en vain.

Andrée Chedid