Lectures

« La Ballade du café triste » de Carson McCullers (1951)

Il s’agit d’un recueil de nouvelles américaines d’après-guerre pour les âmes bien accrochées. Celles qui n’ont pas peur de se prendre un coup de poing en plein ventre et de voir sous leurs yeux leurs tripes répandues par terre.

Couverture rose de « La Ballade du café triste » de Carson McCullers, dans l'édition française de Stock, posée sur l'accoudoir d'un canapé avec une fenêtre en fond.
« La Ballade du café triste » de Carson McCullers, dans la traduction française de Jacques Tournier, aux éditions Stock.

Le sens de l’observation de McCullers est aiguisé, lucide et sans concession, au point de faire mal. La nouvelle « Wunderkind », au titre plein de promesses*, m’a mise à genoux.
Ce n’est sans doute pas un hasard que l’alcool coule à flots entre ces histoires, comme s’il fallait au moins ça pour parvenir à glisser de l’une à l’autre, jusqu’au plongeon dans l’alcoolisme. Les quelques dénouements (presque) heureux, d’ailleurs, reposent sur une forme de refus de la réalité, d’oblitération de la conscience, de déni.

L’écriture de l’autrice, elle, vibre d’une énergie qui contredit cette chute libre, va dans une autre direction. Phénoménale, elle anime des personnages qui exsudent une vitalité étrange et farouche.

Dans la nouvelle-titre, les descriptions au maillet du comportement de Cousin Lymon, un trickster dans toute sa superbe terrifiante, me hanteront longtemps, tandis que le combat, larvé puis ouvert, entre Miss Amelia et Marvin Macy atteint par son intensité une dimension mythologique.

Un recueil à lire, assurément, mais pas n’importe quand, dans n’importe quelles circonstances, pour soi.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

* Soit « L’Enfant prodige ».

Culture, Lectures

« Lettres à la lune » de Fatoumata Kebe (2020)

Je vous ai parlé plus tôt dans l’année de La Lune est un roman de Fatoumata Kebe, qui a illuminé mon confinement. Ainsi, quand j’ai appris qu’un nouveau livre de cette astrophysicienne sortait cet été, c’est tout naturellement que j’ai couru en librairie me le procurer.

Les Lettres à la lune, aussi publiées aux éditions Slatkine & Cie, sont un recueil, constitué et présenté par l’autrice, d’histoires et de textes consacrés à la lune à travers les époques et différentes cultures, depuis les mythologies anciennes jusqu’aux balbutiements de la science-fiction, en passant par la poésie romantique et symboliste ou encore la chanson.

J’ai apprécié de parcourir cette diversité d’inspiration et d’esthétiques. Toutefois, l’ensemble reste une compilation, où Fatoumata Kebe se place discrètement au second plan. L’ensemble est ainsi moins « personnel », si je puis dire, car moins porté par le regard scientifique qui m’a tant plu dans le premier volume, et qui éclairait les mystères de cet astre familier.

C’est en définitive plus un excellent point d’entrée pour qui souhaite se plonger dans des recherches plus approfondies sur des textes lunaires, en donnant des idées de références à explorer et des extraits choisis qui ont un goût de revenez-y. Je le garde précieusement pour retrouver plus tard, dans leur entièreté, les textes qui ont nourri la passion de cette scientifique.

Mais je vous avoue : après ces deux lectures successives, j’attends maintenant la troisième et ultime publication, pour terminer ce beau cycle lunaire !

Que les fractales vous soient propices,

Harmony