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« Les Mauvaises Sœurs » d’Alma De Groen : traduction en confinement

Quoi de mieux, en ce début de second confinement, que de vous présenter les fruits mûrs du premier ? 🥝

Je ne sais pas m’ennuyer, et même enfermée chez moi en chômage partiel, je n’ai pas arrêté. En parallèle de la publication de l’essai d’Emma Goldman Le Mariage et l’Amour, traduit en français par mes soins, j’ai repris et mené à bout une autre traduction. Il s’agit d’une deuxième pièce, après Les Fleuves de Chine, d’une dramaturge australienne d’origine néo-zélandaise que j’adore : Alma De Groen.

Cette pièce en huis clos, portée par quatre femmes au milieu de la cinquantaine, a été écrite à une période du théâtre australien, les années 2000, où il n’y avait quasiment aucun rôle féminin de cet âge sur les planches.

Et vous savez quoi ? C’est aussi et encore le cas aujourd’hui en France, comme le met en lumière l’initiative du Tunnel des 50, ce pourquoi j’ai jeté mon dévolu sur ce texte, en plus de son humour corrosif, son irrévérence jubilatoire et son acuité déconcertante.

L’histoire ?

Le grand scientifique australien Alec Hobbes vient de mourir. Connu mondialement pour ses modélisations informatiques des stratégies de survie des espèces intelligentes, il a passé ses dernières années diminué par la maladie d’Alzheimer. Sa veuve, Meridee, cloîtrée dans le bureau du défunt dans les Montagnes Bleues, reçoit bon gré mal gré Judith et Lydia, deux amies du temps de la fac venues la réconforter. Une troisième s’incruste : Hester Sherwood, la féministe casse-pied de leur jeunesse qui avait disparu des radars. Sous l’œil sévère de l’ordinateur d’Alec, les retrouvailles des quatre amies s’enveniment alors que de vieilles rancœurs refont surface !…

Les Mauvaises Sœurs d’Alma De Groen entre tellement en résonance avec l’atmosphère mondiale actuelle que le Griffin Theatre de Sydney, en Australie, a d’ailleurs décidé de reprogrammer la pièce cet hiver :

Cela vous dirait de la voir au théâtre, en français, quand leurs portes rouvriront ? 🎭

Faites-le savoir !

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

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Lectures

« Élégies – Chants nocturnes » de Friedrich Hölderlin (1770-1843)

Chaque soir depuis le début de mon confinement, j’ai lu un poème de Friedrich Hölderlin avant de m’endormir.

Je les ai choisis pour la nuit du titre, le silence de l’aquarelle par Marianne K. Leroux, le calme que m’inspire le grain de la couverture artisanale sous la pulpe de mes doigts.

Les vers de Hölderlin sont longs et libres, les lire à voix basse allonge la respiration, les images du poète apaisent. Ils allument dans mon esprit les lumières naturelles et font pousser la nature qui manquent dans le lieu de ma réclusion.

Parfois, cependant, je grimace d’une traduction malheureuse ; puis je me console d’un coup d’œil sur les pages gauches de cette édition bilingue de l’Atelier du Grand Tétras.

Je suis loin d’être une germaniste patentée, mais je sais suffisamment d’allemand pour m’irriter que « Menschen » (les gens) soit traduit par « les hommes ». Quand le poète distingue lui-même « der Mensch » (la personne, l’être humain) de « der Mann » (l’homme), cela devient une erreur de compréhension de les uniformiser en français.

Raoul de Varax testostérone à outrance des vers qui n’ont pas lieu de l’être. Soulagée que la faute en incombe au traducteur, et non au poète, qui s’en trouve trahi. Ainsi, triste preuve s’il en faut qu’un Français du XXIe siècle peut être plus machiste qu’un Allemand du XIXe.

Combien de fois devra-t-on expliquer aux Français que les hommes n’ont pas le monopole de l’humanité ?

Ainsi, j’aurais pu, par agacement, passer à côté du poète. Heureuse, donc, d’avoir su assez d’allemand pour ne pas me brouiller avec Hölderlin. En lisant de ses poèmes sur les paysages des îles de Grèce, qu’il a en imagination aimées comme je les ai aimées, je m’en suis rappelé le soleil, les étoiles, les roches inégales qui renvoient la lumière, la végétation sèche et généreuse. J’avais le goût, invraisemblablement, du miel et du fromage de brebis plein la bouche, et des feuilles de vigne de mon adorable Crète. Le climat où mon corps s’épanouit le mieux, où ma peau prend des couleurs et où les nuits sont douces.

En fermant ce livre, je me suis promis que je lirai encore du Hölderlin à l’avenir.

Que les fractales vous soient propices,

Harmony