Culture, Lectures

« La lune est un roman » de Fatoumata Kebe (2019)

Joyau que cet ouvrage qui réconcilie paisiblement ce qu’on nous apprend à voir comme irréconciliables : la science et la mythologie.

Sublime couverture de chez Slatkine & Cie

Les mots savants puisent dans ces fantaisies millénaires, comme ces récits merveilleux sont parfois minutieusement structurés sur des observations exactes et lucides de l’unique satellite de notre planète.

L’écriture de Fatoumata Kebe, astrophysicienne française, est d’une clarté et d’une simplicité d’eau vive. Avec un talent mûr de pédagogue, elle rend immédiatement tangible et lumineux des phénomènes naturels qui défient l’imagination.

Moi qui croyais m’y connaître en matière de lune, puisqu’on me reproche souvent d’y être, j’ai tellement appris à cette lecture !

Je suis heureuse d’avoir été confinée avec cet astre, car ce fut pour moi le moment parfait pour chaque soir m’y pencher et goûter à sa lumière lunaire.

C’était un achat instinctif de l’été dernier. Je n’étais pas là pour ça. Mais la lumière de la lune sur cette couverture était si forte que je l’entendais m’appeler. Coup de foudre ! Il a fallu que je sorte avec. Je m’encanaillais à la Librairie de l’Inconnu, la librairie ésotérique de l’Odéon, et j’en suis sortie avec un ouvrage scientifique ; c’est le genre d’ironie que je goûte toujours. Et j’ai eu tellement raison.

Cette lecture m’a tant plu que j’ai songé à le proposer au travail comme possible livre audio à enregistrer, lu par son autrice. Mais malheureusement pour moi, et heureusement pour vous, ce livre existe déjà à écouter et vous est donc accessible même en confinement !

Merci, Fatoumata Kebe, de m’avoir accompagnée, enchantée et instruite pendant ces moments de solitude. Vous aussi devez être enfermée, mais je vous souhaite de tout mon esprit de réaliser votre rêve, de bientôt décoller pour les étoiles et de poser un jour le pied en terre sélénite.

Que les fractales vous soient propices ! 🌙

Harmony


🌔🌕🌖

Vie de la Table

Au bout de quelques semaines de confinement…

Rayon solaire
Plonge à peine dans la cour
– Douleur dorsale

Voilà tout ce que je peux voir du ciel, si je me penche assez à la fenêtre du salon, depuis le lieu forcé de ma retraite.

Plus les jours passent, plus cela confine à l’abstraction.

Samedi, pour moi 19e jour de confinement, j’ai eu besoin d’air, de lumière. En grand, j’ai ouvert les vitres, tiré un fauteuil. Emmitouflée dans un plaid à stries grises et blanches, un thé fumant dans les mains, je me suis installée face à la fenêtre, c’est-à-dire face aux murs.

Grâce au Soundcloud du théâtre de La Colline, j’ai écouté, sans casque, les derniers épisodes sonores de la semaine du journal de confinement de Wajdi Mouawad.
Sa voix basse résonnait sur les murs et me revenait, dans un silence tonitruant.

Pendant l’écoute, j’ai regardé là-haut, ce triangle de ciel. J’ai pensé à Joseph, celui de l’Ancien Testament, fils de Jacob – ou plutôt, très exactement, aux images de la version romantique d’un film animé d’enfance. Joseph enfermé dans les geôles égyptiennes.

Est-ce que je vais rêver ?

Lectures

« Élégies – Chants nocturnes » de Friedrich Hölderlin (1770-1843)

Chaque soir depuis le début de mon confinement, j’ai lu un poème de Friedrich Hölderlin avant de m’endormir.

Je les ai choisis pour la nuit du titre, le silence de l’aquarelle par Marianne K. Leroux, le calme que m’inspire le grain de la couverture artisanale sous la pulpe de mes doigts.

Les vers de Hölderlin sont longs et libres, les lire à voix basse allonge la respiration, les images du poète apaisent. Ils allument dans mon esprit les lumières naturelles et font pousser la nature qui manquent dans le lieu de ma réclusion.

Parfois, cependant, je grimace d’une traduction malheureuse ; puis je me console d’un coup d’œil sur les pages gauches de cette édition bilingue de l’Atelier du Grand Tétras.

Je suis loin d’être une germaniste patentée, mais je sais suffisamment d’allemand pour m’irriter que « Menschen » (les gens) soit traduit par « les hommes ». Quand le poète distingue lui-même « der Mensch » (la personne, l’être humain) de « der Mann » (l’homme), cela devient une erreur de compréhension de les uniformiser en français.

Raoul de Varax testostérone à outrance des vers qui n’ont pas lieu de l’être. Soulagée que la faute en incombe au traducteur, et non au poète, qui s’en trouve trahi. Ainsi, triste preuve s’il en faut qu’un Français du XXIe siècle peut être plus machiste qu’un Allemand du XIXe.

Combien de fois devra-t-on expliquer aux Français que les hommes n’ont pas le monopole de l’humanité ?

Ainsi, j’aurais pu, par agacement, passer à côté du poète. Heureuse, donc, d’avoir su assez d’allemand pour ne pas me brouiller avec Hölderlin. En lisant de ses poèmes sur les paysages des îles de Grèce, qu’il a en imagination aimées comme je les ai aimées, je m’en suis rappelé le soleil, les étoiles, les roches inégales qui renvoient la lumière, la végétation sèche et généreuse. J’avais le goût, invraisemblablement, du miel et du fromage de brebis plein la bouche, et des feuilles de vigne de mon adorable Crète. Le climat où mon corps s’épanouit le mieux, où ma peau prend des couleurs et où les nuits sont douces.

En fermant ce livre, je me suis promis que je lirai encore du Hölderlin à l’avenir.

Que les fractales vous soient propices,

Harmony

Vie de la Table

Une semaine de confinement

Alors que pour beaucoup, il s’agit de leur 2e jour de confinement, suite à une mise en télétravail mardi de la semaine dernière et un arrêt de 14 jours le jeudi suivant, j’en suis pour ma part à mon 9e jour d’enfermement.

Seule pour éviter une contamination éventuelle (on ne saura sans doute jamais si j’ai eu, ou n’ai pas eu, notre bon ami le virus couronné), les colocataires confinées dans des lieux plus propices à la retraite, voici que j’occupe seule mon espace, sans beaucoup de lumière. C’est le moment de s’accorder une parenthèse régressive et de cultiver les petites choses essentielles qui apportent de la lumière intérieure.

Joie et Tristesse

J’essaie de m’en rappeler avec cette petite broche sur laquelle vous reconnaîtrez Joie et Tristesse de Vice-versa. C’est une amie qui me l’a offerte récemment, à son retour d’EuroDisney qui a le pouvoir de lui faire oublier un temps les affres de son cancer. C’est aussi elle qui m’a fait voir cet adorable dessin animé, où j’ai craqué sur Joie, elle sur Tristesse. Ainsi la broche est censée nous représenter l’une pour l’autre, et nous rappeler que l’on s’aime non pas en dépit, mais parce que nous sommes radicalement différentes, et que nous pouvons ainsi nous nourrir mutuellement au lieu de nous opposer.

Je pense fort à elle, ainsi qu’à toute personne dont les soins deviennent problématiques à cause de la propagation du virus – car elle devait passer un scanner pour suivre l’évolution de son cancer qui a été reporté à plus tard, à cause de la situation sanitaire et d’autant plus qu’elle est elle-même malade.

Je vous embrasse fort et courage à toute personne qui peut à peine voir la lumière du jour. 🌥️

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

PS : Tout est bien qui finit bien, mon amie m’a appris entre temps que son scanner était reporté seulement de trois jours et finalement assuré par un hôpital plus proche. Les soignant·e·s s’organisent et pallient les difficultés autant que possible, bravo à ces héros et héroïnes de la vraie vie.