Culture, Lectures, Pour un monde meilleur

« Ourika » de Claire de Duras (1823)

Dernièrement, j’ai découvert, dans une réédition de 1979 des éditions des femmes, la première héroïne et narratrice noire de la littérature occidentale, jamais mentionnée pendant mes études de lettres !

Début de conte de fée cruel qui finit en tragédie, c’est l’histoire d’une prise de conscience du racisme.

Déportée du Sénégal et sauvée in extremis de l’esclavage, Ourika est élevée dans l’aristocratie française pour comprendre à l’âge de 12 ans qu’elle en sera toujours exclue. Elle ne se sentait pas différente, jusqu’à ce que l’œil blanc la noircisse à ses propres yeux. Ses proches mêmes la refoulent à la marge.

Le personnage d’Ourika est d’une délicatesse infinie. Sa trajectoire injuste rappelle de façon réaliste le conte de La Petite Sirène d’Andersen, avec dix-quinze ans d’avance, où sa couleur de peau naturelle deviendrait, par le truchement pernicieux du racisme en France, insupportable queue de poisson qui la désespère. Là où la petite sirène acceptera de se métamorphoser en écume de mer, Ourika renoncera de même au monde et va trouver refuge dans un couvent.

Les notes qui accompagnent le texte soulignent sa dimension autobiographique. Se nourrissant de ses propres chagrins et de son sentiment d’étrangeté dans son milieu, l’autrice les a transposés et sublimés plus loin qu’elle-même, pour comprendre et inventer un personnage telle qu’Ourika.

Une lecture poignante et surprenante, que je vous recommande d’autant plus chaudement qu’elle devrait se trouver en bonne place au sein de notre panthéon littéraire français.

Que les fractales vous soient propices !

Harmony

Culture, Pour un monde meilleur

Le règne des Césars

« Dans la France du début du XXIème siècle, » lira-t-on plus tard dans les livres d’Histoire, « on honorait encore publiquement les hommes violeurs et sadiques en leur attribuant des dons surnaturels, supérieurs à la moyenne, notamment dans le domaine de l’art.

Leurs œuvres faisaient l’objet de distinctions spéciales et ils recevaient plus que toute autre catégorie de la population des subsides publiques afin de poursuivre leur carrière dans des conditions extraordinairement favorables, et donc rendre effective cette prophétie auto-réalisatrice.

Ainsi, Roman Polanski, criminel violeur notoire en fuite dans son pays, reçut le financement public de la Région Île-de-France, ainsi que le soutien et la collaboration de vedettes de la culture française de l’époque, jouissant d’une grande popularité, afin de réaliser le film J’accuse, distordant les faits réels de l’erreur judiciaire la plus emblématique de France, mais néanmoins nommé 12 fois aux Césars du cinéma.

Alors que des talents cinématographiques époustouflants étaient en lice face à lui, le prix du Meilleur réalisateur fut donc attribué au seul candidat connu pour être un violeur en série d’adolescentes, dans une indifférence quasi générale.

Seules quelques femmes quittèrent la salle en signe de protestation, et quelques autres n’exprimèrent ensuite que quelques plats regrets. »

Lectures, Pour un monde meilleur, Théâtre

« Ce qu’il faut dire » de Léonora Miano (2019)

Offert à un ami togolais pour son anniversaire, lu avec autant d’intérêt par son épouse française, ce texte a vite fini entre mes mains curieuses.
Retour à l’envoyeuse.

Je l’ai commencé du bout des lèvres, à peine voisé, sur un strapontin du métro.
Je l’ai fini à haute et intelligible voix, en résonance, debout dans mon salon.
D’une traite, en poursuivant ma lecture en pleine marche.

C’est vrai que ce texte doit être dit, doit être prononcé, mis en voix, incarné, traverser le corps entier, porté par le souffle des poumons pleins jusqu’à la bouche.

Il faut trouver la vibration commune, se confronter à comment infléchir le son des variations typographiques inscrites en noir sur le blanc de la page.

Par la langue, il faut que ça atteigne le cerveau. Il faut que ça s’y inscrive. Il faut creuser. Excaver. Comme l’on sonde et fouille la terre pour trouver les ossements des crimes impunis, maquillés. Parce qu’il n’y a pas de paix sans justice.

Il faut lire Ce qu’il faut dire.

Merci à Léonora Miano. Merci aussi à l’éditrice Claire Stavaux sans qui nous n’aurions pas une telle sélection chez L’Arche. Une seule personne au bon endroit peut faire changer tant de choses.

Chers lecteurs, chères lectrices, à vous maintenant de le lire.

Que les fractales vous soient propices,

Harmony