Culture, Lectures

« Lettres à la lune » de Fatoumata Kebe (2020)

Je vous ai parlé plus tôt dans l’année de La Lune est un roman de Fatoumata Kebe, qui a illuminé mon confinement. Ainsi, quand j’ai appris qu’un nouveau livre de cette astrophysicienne sortait cet été, c’est tout naturellement que j’ai couru en librairie me le procurer.

Les Lettres à la lune, aussi publiées aux éditions Slatkine & Cie, sont un recueil, constitué et présenté par l’autrice, d’histoires et de textes consacrés à la lune à travers les époques et différentes cultures, depuis les mythologies anciennes jusqu’aux balbutiements de la science-fiction, en passant par la poésie romantique et symboliste ou encore la chanson.

J’ai apprécié de parcourir cette diversité d’inspiration et d’esthétiques. Toutefois, l’ensemble reste une compilation, où Fatoumata Kebe se place discrètement au second plan. L’ensemble est ainsi moins « personnel », si je puis dire, car moins porté par le regard scientifique qui m’a tant plu dans le premier volume, et qui éclairait les mystères de cet astre familier.

C’est en définitive plus un excellent point d’entrée pour qui souhaite se plonger dans des recherches plus approfondies sur des textes lunaires, en donnant des idées de références à explorer et des extraits choisis qui ont un goût de revenez-y. Je le garde précieusement pour retrouver plus tard, dans leur entièreté, les textes qui ont nourri la passion de cette scientifique.

Mais je vous avoue : après ces deux lectures successives, j’attends maintenant la troisième et ultime publication, pour terminer ce beau cycle lunaire !

Que les fractales vous soient propices,

Harmony

Culture, Lectures

« Une mort très douce » de Simone de Beauvoir (1964)

C’est là ma toute dernière lecture du confinement. (Oui, je lis bien plus vite que je ne le rapporte ici, je gagnerai du temps sur mon retard en gardant sous silence les livres qui m’ont déçue ou déplu dernièrement. 🤫 )

Depuis un moment dans ma bibliothèque, intouché, ce livre m’est revenu entre les mains suite à une série de cauchemars qui m’ont jetée dans ses préoccupations. Lorsqu’une ombre me hante, ma seule façon de la dissiper est de m’y confronter.

De Simone de Beauvoir, sans surprise, je connaissais avant tout la philosophe. Par le récit autobiographique des derniers temps de la vie de sa mère, emportée par un cancer de l’intestin foudroyant, je découvre une autrice moins dans l’abstraction que plongée dans les multiples dimensions du vécu personnel.  Elle y gagne en humanité sans y perdre en hauteur de vue. Sa plume ne m’a jamais paru si proche, vivante et universelle qu’en acceptant de raconter son histoire intime dans sa singularité. 

Une mort très douce aborde par la narration de cet épisode douloureux, vécu par tout le monde de différentes façons, des questions difficiles à poser, comme à résoudre :

Que faire face à la mort imminente d’un·e proche ?

« Une mort très douce » de Simone de Beauvoir

Peut-on en décider comme pour soi ?

Vaut-il mieux abréger ses souffrances ? ou la maintenir en vie coûte que coûte ?

Mieux vaut-il annoncer à la personne qu’elle va mourir ? la forcer à contempler sa mort prochaine par souci de vérité ? ou bien lui épargner cette conscience pour lui rendre plus légers ses derniers instants ?

Dans quelle mesure peut-on être à l’écoute inconsciente de l’autre pour respecter son choix non formulé ?

Que sait-on vraiment des dernières volontés de quelqu’un ?

Que faire quand il agit à l’encontre de celles-ci le moment venu ?

Sait-on vraiment à l’avance la façon dont on voudra mourir soi-même ?

Je me souviens de Circonfession de Jacques Derrida, dont j’ai écouté la lecture dans La Bibliothèque des voix quelques mois auparavant : deux livres écrits autour d’un même événement, la mort de la mère, et deux façons de l’aborder différentes. Ici, la forme du récit rend le texte plus abordable. L’écriture juste, sensible, réfléchie et pudique dans la mise à nue m’a profondément touchée, ainsi que l’humilité de Beauvoir, qui admet qu’elle a alors agi à l’encontre de ce qu’elle aurait toujours cru faire en pareille circonstance.

En définitive, voici une lecture que je n’hésiterai pas à qualifier de nécessaire, quoiqu’elle puisse faire peur, car il vaut mieux réfléchir sur ce qui nous effraie que d’en être frappé·e de plein fouet sans y être prêt·e le jour venu. C’est une façon de s’y préparer en douceur et j’en sais gré à Simone de Beauvoir pour cela.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

Culture, Lectures

« La lune est un roman » de Fatoumata Kebe (2019)

Joyau que cet ouvrage qui réconcilie paisiblement ce qu’on nous apprend à voir comme irréconciliables : la science et la mythologie.

Sublime couverture de chez Slatkine & Cie

Les mots savants puisent dans ces fantaisies millénaires, comme ces récits merveilleux sont parfois minutieusement structurés sur des observations exactes et lucides de l’unique satellite de notre planète.

L’écriture de Fatoumata Kebe, astrophysicienne française, est d’une clarté et d’une simplicité d’eau vive. Avec un talent mûr de pédagogue, elle rend immédiatement tangible et lumineux des phénomènes naturels qui défient l’imagination.

Moi qui croyais m’y connaître en matière de lune, puisqu’on me reproche souvent d’y être, j’ai tellement appris à cette lecture !

Je suis heureuse d’avoir été confinée avec cet astre, car ce fut pour moi le moment parfait pour chaque soir m’y pencher et goûter à sa lumière lunaire.

C’était un achat instinctif de l’été dernier. Je n’étais pas là pour ça. Mais la lumière de la lune sur cette couverture était si forte que je l’entendais m’appeler. Coup de foudre ! Il a fallu que je sorte avec. Je m’encanaillais à la Librairie de l’Inconnu, la librairie ésotérique de l’Odéon, et j’en suis sortie avec un ouvrage scientifique ; c’est le genre d’ironie que je goûte toujours. Et j’ai eu tellement raison.

Cette lecture m’a tant plu que j’ai songé à le proposer au travail comme possible livre audio à enregistrer, lu par son autrice. Mais malheureusement pour moi, et heureusement pour vous, ce livre existe déjà à écouter et vous est donc accessible même en confinement !

Merci, Fatoumata Kebe, de m’avoir accompagnée, enchantée et instruite pendant ces moments de solitude. Vous aussi devez être enfermée, mais je vous souhaite de tout mon esprit de réaliser votre rêve, de bientôt décoller pour les étoiles et de poser un jour le pied en terre sélénite.

Que les fractales vous soient propices ! 🌙

Harmony


🌔🌕🌖

Lectures

« L’Homme aux cercles bleus » de Fred Vargas (1991)

Disons-le tout de suite : le genre du roman policier n’est pas ma tasse de thé. Je n’en lis pour ainsi dire jamais. Cette lecture est l’exception qui confirme la règle.

J’ai beau avoir beaucoup entendu parler d’elle, et toujours en bien, je n’avais jamais lu de Fred Vargas jusqu’à présent. Un tort que Laufeust, peu après notre rencontre récente, a jugé utile de réparer en me prêtant L’Homme aux cercles bleus il y a quelques mois, « parce qu’IL FAUT que tu aies lu au moins un Fred Vargas. Et puis tu vas adorer le commissaire Adamsberg. »

Bon, d’accord. Je le lirai.

C’est le confinement généralisé qui m’a donné le temps de l’achever, car vu la vague incroyable qui nous submerge, j’ai donné pour une fois la priorité aux exceptions. 🌊

J’ai bien aimé cette lecture, même si ce n’est pas ma littérature de prédilection, et j’ai apprécié les retournements de situation ainsi que le dénouement. (Je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher la surprise des retardataires de mon acabit.)

Ceci dit, je vais vous confier que ma préférence ne va pas à Adamsberg, mais à son second, l’inspecteur Danglard, dit « le penseur ».

Là où les intuitions a priori inexplicables d’Adamsberg font toujours mouche, Danglard s’attache à raisonner, se méfie de ses intuitions qu’il ne pourrait pas prouver, soit matériellement, soit par la logique, car une de celles-ci l’a un jour mené à une erreur judiciaire. Il y a en Danglard quelque chose de blessé, une conscience douloureuse qu’il n’est jamais à l’abri de l’erreur. Il a déjà heurté de plein fouet ses propres limites et cela le porte au doute, contrairement à l’assurance tranquille et irraisonnée de son supérieur Adamsberg.

Cette capacité à se reconnaître faillible me touche plus que toutes les flèches qui vont droit au but sans trop savoir comment. Elle fait à mes yeux du raisonneur Danglard un personnage plus émouvant.

À bientôt pour de nouvelles ondes depuis mon confinement !

Harmony