Lectures, Pour un monde meilleur

« Je veux me battre partout où il y a de la vie » de, et sur, Clara Zetkin (2021)

Nouveau café, nouveau livre, pour le challenge #unlivreuncafe. ☕📕

(Oui, j’ai un très beau service de 6 tasses à café colorées différentes, offert par mon adorable petite sœur, et je me suis donné comme défi de vous faire avec au gré de mes pérégrinations littéraires 6 photos de 6 livres assortis à mettre en scène*. Nous voici à la troisième !)

Après un roman d’Irmgard Keun, puis une pièce d’Aimé Césaire, j’ai choisi cette fois-ci un recueil de discours, de lettres et d’autres textes de et sur Clara Zetkin, traduits collectivement de l’allemand et publié début 2021 aux éditions Hors d’atteinte : « Je veux me battre partout où il y a de la vie ».

Cela fait un moment que je voulais en apprendre plus sur la vie de cette figure fascinante de la lutte ouvrière allemande, proche de Rosa Luxemburg, à l’origine de la Journée internationale des droits des femmes.
Me voilà servie !

J’ai découvert sous un jour plus intime une femme à la mécanique intellectuelle précise et bien huilée, à l’abord humble, capable de doute et de remise en question, prête à tous les sacrifices pour offrir aux générations futures un avenir meilleur et hantée par la crainte de n’en avoir jamais fait assez.

Son analyse du fascisme, surtout, m’étonne : à peine naît-il qu’elle en dissèque déjà les tenants et les aboutissants, et prédit ses crimes qui « submerger[ont] l’Allemagne d’horreurs et d’atrocités éclipsant ce que la dernière guerre mondiale a accompli dans les domaines du meurtre et de la destruction. »
Comment, après son discours d’ouverture du Reichstag en tant que doyenne, le 30 août 1932, pouvait-on dire que l’on ne savait pas ? que l’on ne se doutait pas de ce qui allait se passer ? Clara Zetkin, elle, savait.
Mais on écoute rarement les oiseaux de mauvais augure qui ont raison trop tôt.

En bref, je ne peux que vous encourager à découvrir par vous-mêmes la richesse de cet ouvrage et de la pensée de cette femme inspirante. Lisez-la !

À bientôt pour de nouvelles ondes !

Harmony

* Oui, pour celles et ceux qui se poseraient la question : il y a bien toujours du café dans les tasses en question. Pas de triche en coulisse !

Lectures, Pour un monde meilleur, Vie de la Table

« Quand je serai grande je changerai tout » d’Irmgard Keun (1936)

Ce dimanche, parce qu’il faut bien se trouver de nouvelles façons de s’amuser en confinement, j’ai relevé le challenge #unlivreuncafe ! 📙

☕ En voici les règles : il s’agit de prendre et de poster sur Instagram une photo d’un livre et d’un café, de préférence avec une mise en scène en accord avec le thème du livre où l’esthétique de sa couverture. Et avec une présentation du livre en question, c’est encore mieux.

Pour ce faire, le livre que je venais de finir s’imposait : Quand je serai grande je changerai tout d’Irmgard Keun (1936), traduit de l’allemand par Michel-François Demet et révisé par Marie Hermann aux éditions Agone (2017), dans la collection Infidèles.

Coup de cœur absolu pour ce livre ! C’est le livre dont j’avais besoin en confinement, qui m’a fait rire toute seule dans mon lit à minuit passé.

Tout commence en 1918, en Allemagne, à la fin de la Première Guerre mondiale ; ce qui n’empêche nullement la narratrice de mener sa vie telle qu’elle l’entend, ou presque.

Accrochez-vous, car cette petite fille débordante de vitalité, que les autres enfants n’ont plus le droit de fréquenter, va vous embarquer dans un tourbillon de bêtises toutes plus délicieuses les unes que les autres et faire tourner les adultes en bourrique ! Et en même temps, parfois, ils sont tellement incohérents dans leurs attentes et empêtrés dans leurs contradictions qu’ils méritent bien d’être un peu secoués…

Ravie de découvrir Irmgard Keun, une autrice à l’humour décapant tellement craint par le régime nazi, dont elle a vu venir le danger dès le début, qu’ils ont classé toute son œuvre sur leur liste noire de la « littérature de l’asphalte avec tendances anti-allemandes » en raison de ses « attaques haineuses contre la morale bourgeoise et le caractère national allemand ». Interdite de publier, ses livres alimentant les flammes des autodafés de 1933, qu’à cela ne tienne : POUF !, elle leur pond trois ans plus tard, en guise de pied de nez, un Quand je serai grande… publié en Belgique !

C’est décidé, celle-là, je la ferai entrer au Dictionnaire universel des créatrices !

Merci à @unlivreuncafe d’avoir proposé sur Instagram ce défi amusant afin de pimenter notre confinement. ☕

Cela changera de mes photos de livres habituelles, en espérant que les couleurs vous donneront peps et bonne humeur !

Que les fractales vous soient propices,

Harmony

Lectures

« Élégies – Chants nocturnes » de Friedrich Hölderlin (1770-1843)

Chaque soir depuis le début de mon confinement, j’ai lu un poème de Friedrich Hölderlin avant de m’endormir.

Je les ai choisis pour la nuit du titre, le silence de l’aquarelle par Marianne K. Leroux, le calme que m’inspire le grain de la couverture artisanale sous la pulpe de mes doigts.

Les vers de Hölderlin sont longs et libres, les lire à voix basse allonge la respiration, les images du poète apaisent. Ils allument dans mon esprit les lumières naturelles et font pousser la nature qui manquent dans le lieu de ma réclusion.

Parfois, cependant, je grimace d’une traduction malheureuse ; puis je me console d’un coup d’œil sur les pages gauches de cette édition bilingue de l’Atelier du Grand Tétras.

Je suis loin d’être une germaniste patentée, mais je sais suffisamment d’allemand pour m’irriter que « Menschen » (les gens) soit traduit par « les hommes ». Quand le poète distingue lui-même « der Mensch » (la personne, l’être humain) de « der Mann » (l’homme), cela devient une erreur de compréhension de les uniformiser en français.

Raoul de Varax testostérone à outrance des vers qui n’ont pas lieu de l’être. Soulagée que la faute en incombe au traducteur, et non au poète, qui s’en trouve trahi. Ainsi, triste preuve s’il en faut qu’un Français du XXIe siècle peut être plus machiste qu’un Allemand du XIXe.

Combien de fois devra-t-on expliquer aux Français que les hommes n’ont pas le monopole de l’humanité ?

Ainsi, j’aurais pu, par agacement, passer à côté du poète. Heureuse, donc, d’avoir su assez d’allemand pour ne pas me brouiller avec Hölderlin. En lisant de ses poèmes sur les paysages des îles de Grèce, qu’il a en imagination aimées comme je les ai aimées, je m’en suis rappelé le soleil, les étoiles, les roches inégales qui renvoient la lumière, la végétation sèche et généreuse. J’avais le goût, invraisemblablement, du miel et du fromage de brebis plein la bouche, et des feuilles de vigne de mon adorable Crète. Le climat où mon corps s’épanouit le mieux, où ma peau prend des couleurs et où les nuits sont douces.

En fermant ce livre, je me suis promis que je lirai encore du Hölderlin à l’avenir.

Que les fractales vous soient propices,

Harmony