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« L’Esclavage sexuel » de Voltairine de Cleyre (1890)

Deuxième livrel d’une série de traductions féministes

Quel meilleur moment que la Journée internationale des droits des femmes pour vous présenter la dernière traduction et publication numérique de La Table d’Harmony ?

Après Le Mariage et l’Amour d’Emma Goldman, celle que cette dernière considère « la plus brillante des anarchistes des États-Unis » est à l’honneur : Voltairine de Cleyre.

Si vous ne la connaissez pas, laissez-moi vous faire découvrir cette figure de tête et de flammes !

Je vous présente aujourd’hui son discours le plus étonnant, L’Esclavage sexuel, prononcé en 1890 à Philadelphie, qui de façon surprenante ne traite pas principalement de la prostitution en tant que telle (bien que des parallèles soient dressés) mais de l’institution du mariage. Ce faisant, la militante anarchiste défie la censure puritaine, chappe de plomb empêchant de rendre public le vaste continent occulté des violences sexuelles.

Il m’a souvent été dit, par des femmes aux maîtres décents, qui n’avaient pas la moindre idée des attentats perpétrés sur leurs sœurs moins fortunées :
« Pourquoi ces épouses ne partent-elles pas ? »
Pourquoi ne courez-vous pas, quand vos pieds sont enchaînés l’un à l’autre ? Pourquoi ne criez-vous pas, quand votre bouche est bâillonnée ? Pourquoi ne levez-vous pas les bras au-dessus de vos têtes, quand on vous les plaque de force le long du corps ?

Voltairine de Cleyre, L’Esclavage sexuel (1890)

Voltairine de Cleyre harangue la foule et révèle un scandale : Moses Harman est en prison. Son crime ? L’obscénité : dans sa revue Lucifer, le Porteur de Lumière, il a osé appeler les organes génitaux par leur nom. Il publiait une lettre d’un médecin qui témoignait des séquelles de ses patientes, violées par leur mari avec la protection de la loi, et c’est lui que la justice condamne.
Contributrice de Lucifer, Voltairine de Cleyre cherche à rallier l’opinion américaine pour délivrer son camarade anarchiste. Elle taille en pièces le masque du puritanisme, démontre que le « devoir conjugal » relève du viol systématique légalisé* et dénonce ainsi l’institution traditionnelle du mariage comme la pire forme d’esclavage.

Vous pouvez retrouver L’Esclavage sexuel de Voltairine de Cleyre en livrel (ebook), dans ma traduction de l’anglais, à petit prix militant en ePub sur les sites de Kobo et de la Fnac, ainsi qu’en Kindle.

J’espère que ce 8 mars sera l’étincelle qui portera plus loin votre conscience de l’histoire des droits des femmes.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

* Le viol conjugal n’a été reconnu dans les pays occidentaux, et le devoir conjugal aboli, qu’au cours des années 1990, mais l’idée que le mariage impliquerait un « devoir » de se soumettre aux appétits sexuels de son époux reste très ancrée dans les mentalités et beaucoup de maris continuent à l’utiliser comme moyen de pression quotidien sur leur compagne. Face aux demandes qui m’ont été faites de pouvoir lire ce texte et celui d’Emma Goldman sur le mariage en version papier, je songe à vous composer une édition conjointe imprimée, qui serait alors accompagnée d’une chronologie du traitement du viol conjugal. Mais je vais devoir vous recommander la patience, car je travaille actuellement en collaboration sur une autre traduction de plus grande envergure dont j’espère pouvoir vous parler d’ici peu.

Pour un monde meilleur, Théâtre, Traductions, Vie de la Table

« Les Mauvaises Sœurs » d’Alma De Groen : traduction en confinement

Quoi de mieux, en ce début de second confinement, que de vous présenter les fruits mûrs du premier ? 🥝

Je ne sais pas m’ennuyer, et même enfermée chez moi en chômage partiel, je n’ai pas arrêté. En parallèle de la publication de l’essai d’Emma Goldman Le Mariage et l’Amour, traduit en français par mes soins, j’ai repris et mené à bout une autre traduction. Il s’agit d’une deuxième pièce, après Les Fleuves de Chine, d’une dramaturge australienne d’origine néo-zélandaise que j’adore : Alma De Groen.

Cette pièce en huis clos, portée par quatre femmes au milieu de la cinquantaine, a été écrite à une période du théâtre australien, les années 2000, où il n’y avait quasiment aucun rôle féminin de cet âge sur les planches.

Et vous savez quoi ? C’est aussi et encore le cas aujourd’hui en France, comme le met en lumière l’initiative du Tunnel des 50, ce pourquoi j’ai jeté mon dévolu sur ce texte, en plus de son humour corrosif, son irrévérence jubilatoire et son acuité déconcertante.

L’histoire ?

Le grand scientifique australien Alec Hobbes vient de mourir. Connu mondialement pour ses modélisations informatiques des stratégies de survie des espèces intelligentes, il a passé ses dernières années diminué par la maladie d’Alzheimer. Sa veuve, Meridee, cloîtrée dans le bureau du défunt dans les Montagnes Bleues, reçoit bon gré mal gré Judith et Lydia, deux amies du temps de la fac venues la réconforter. Une troisième s’incruste : Hester Sherwood, la féministe casse-pied de leur jeunesse qui avait disparu des radars. Sous l’œil sévère de l’ordinateur d’Alec, les retrouvailles des quatre amies s’enveniment alors que de vieilles rancœurs refont surface !…

Les Mauvaises Sœurs d’Alma De Groen entre tellement en résonance avec l’atmosphère mondiale actuelle que le Griffin Theatre de Sydney, en Australie, a d’ailleurs décidé de reprogrammer la pièce cet hiver :

Cela vous dirait de la voir au théâtre, en français, quand leurs portes rouvriront ? 🎭

Faites-le savoir !

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

NB : Vous travaillez dans le monde du spectacle ou de l’édition,
vous êtes directrice ou directeur de théâtre, productrice ou producteur,
metteuse ou metteur en scène, comédienne ou comédien,
ou bien encore éditrice ou éditeur, et la traduction de cette pièce pique votre curiosité ?
N’hésitez pas à m’envoyer vos questions à travers la rubrique Contact
et me demander une copie du texte français.

Si vous êtes spectateur ou spectatrice potentiel·le
et que vous aimeriez voir la pièce sur scène,
partagez l’article pour que le projet se fasse connaître
en France et en francophonie !

édition, Culture

Matrimoine en péril : la maison de Colette appelle à l’aide

écrit au sein des éditions
des femmes-Antoinette Fouque

À Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, le directeur de la maison de Colette et président de la Société des amis de Colette, Frédéric Maget, lance un appel au secours pour sauvegarder la maison de l’écrivaine.

Ouverte au public en 2016, après restauration, le lieu s’est d’emblée hissé au rang des visites littéraires les plus conseillées en France. Mais fermée pendant 4 mois en raison de l’épidémie de coronavirus, ne pouvant accueillir au maximum 3 fois moins de visites à sa réouverture qu’à l’accoutumée, la maison de Colette a essuyé des pertes de 40 % et pourrait bien d’ici peu faire naufrage si une aide substantielle ne lui est pas apportée.

Sidonie-Gabrielle Colette,
alias Colette

Aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, nous fêtons cette année les 40 ans de La Bibliothèque des voix. Or, l’écriture chaleureuse et sensuelle de Colette l’a élue depuis l’origine comme l’une des autrices-phares, incontournables, de notre collection pionnière de livres parlants.

Nous ne pouvons qu’être sensibles à cet appel que nous relayons aujourd’hui avec un sentiment d’urgence. Il s’agit non seulement de sauver l’héritage d’une écrivaine remarquable des lettres françaises, mais aussi le lieu emblématique d’une lignée mère-fille, où rayonne l’attachement de Colette à Sido, et de lutter contre l’effacement des femmes artistes qui sévit implacablement sous de multiples formes depuis des millénaires. Préserver cet héritage féminin et maternel requiert un effort actif, toujours renouvelé, qui est la raison d’être des éditions des femmes.

En attendant que des institutions culturelles viennent au secours de ce matrimoine en péril, les particuliers peuvent d’ores et déjà le soutenir grâce à leurs dons à cette adresse.

Quant à nous, nous vous laissons avec Colette elle-même, en écoutant un extrait de son recueil de nouvelles La Maison de Claudine lu pour La Bibliothèque des voix par Anny Duperey, inspiré par la maison maternelle :

Extrait de La Maison de Claudine, de Colette, lu par Anny Duperey,
sur le SoundCloud de La Bibliothèque des voix

Retrouvez Colette et Sido dans le catalogue des éditions des femmes-Antoinette Fouque :

Livres parlants de La Bibliothèque des voix

Livres imprimés

édition, Culture, Traductions

« Le Mariage et l’Amour » d’Emma Goldman (1914)

Premier livrel d’une nouvelle série de traductions féministes

On pense généralement au sujet du mariage et de l’amour que l’un et l’autre sont synonymes, qu’ils prennent leur source dans le même élan, et qu’ils répondent aux mêmes besoins humains. Comme la majorité de ce qu’« on » pense généralement, cette opinion repose non pas sur des faits réels, mais relève de la superstition.

Emma Goldman, Le Mariage et l’Amour (1914)

Chères lectrices, chers lecteurs,

Il est temps de vous annoncer une bonne nouvelle : la Table d’Harmony se fait petite maison d’édition indépendante !

Ma traduction de l’essai d’Emma Goldman Le Mariage et l’Amour (1912) est désormais disponible en livrel*, aux formats Kindle ainsi qu’ePub sur Kobo, Google Play Livres et le site de la Fnac.

C’est ma première publication indépendante, créée dans une perspective militante. L’objectif est de rendre facilement accessibles en français, et à mon rythme, de courts textes critiques de figures du féminisme anglophones méconnues en France et dans le monde francophone.

Dans cet essai de 1914 de l’anarchiste et féministe Emma Goldman, le mariage est mis sur le banc des accusés, au même titre que l’exploitation capitaliste. Contrat de dupe sous l’égide des religions et de l’État, l’amour y est l’appât accroché à son hameçon et la femme le poisson préparé dès la naissance pour être consentant. L’autrice dépouille l’institution conjugale de son mysticisme romantique et de sa respectabilité au nom de la défense des droits des femmes et des enfants. Aussi farouchement critique qu’optimiste, Le Mariage et l’Amour est un plaidoyer en faveur de la maternité et de l’amour libres.

Vous pouvez d’ores et déjà télécharger votre exemplaire en ligne à petit prix, découvrir le texte dans ma traduction et me faire vos retours, toujours précieux.

Surtout, dites-moi si l’initiative vous intéresse et si vous voulez découvrir d’autres textes à l’avenir. Ce n’est là qu’un début !

Bonne lecture à tou·te·s, et que les fractales vous soient propices !

Harmony

* Oui, « livrel » est bien la traduction de l’anglais ebook. N’est-ce pas joli ? Pourquoi ne pas l’utiliser davantage ?

PS : Dernières mises à jour le 14 juillet 2020 pour la mise en disponibilité du livrel sur Kobo et le 17 juillet pour la Fnac, puis pour sa sortie sur Google Play Livres en novembre 2020.

écriture, Vie de la Table

« Pierres d’Encre 9 » par Le Temps des Rêves

Belle surprise de la fin de semaine : j’ai eu le plaisir d’enfin recevoir mon adorable exemplaire de Pierres d’Encre 9, édité par Le Temps des Rêves, dans lequel figure mon petit poème en prose « Communication ».

Les envois ont été retardés à cause du confinement, une mauvaise fortune que l’association littéraire a su prendre avec bon cœur en se surpassant et faisant des adaptations audio et vidéo des poèmes de la revue. Mon poème à été interprété et mis en images avec brio par l’artiste Sarah Kügel… Je n’en reviens toujours pas !

Maintenant j’ai mon exemplaire à moi et il me fait fondre. J’adore cet étonnant format carré, et même si je l’avais déjà vu en photo, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si mignon !

C’est un délice de retrouver les poèmes découverts un par un tout au long du confinement et de les redécouvrir par des sens nouveaux.

De surcroît, les illustrations noir et blanc de Hannah Papacek Harper sont tout en délicatesse.

En vérité, j’ai l’impression d’avoir reçu un petit carré de paix et de douceur qui met du baume au cœur après une période bien sombre. Je l’ai reçu après orage qui a déchiré le ciel de Paris, et juste le soir de la pleine lune à l’éclipse pénombrale.

De belles pages qui se tournent, des poètes et poétesse à connaître, un plaisir de revenir quelques pages en arrière avec une note gourmande de revenez-y, et de nouveaux horizons qui se déploient…

Si vous voulez votre propre exemplaire, vous pouvez vous procurer le nouveau numéro de la revue, ainsi que toutes les autres publications du Temps des Rêves, à cette adresse.

Merci à toute l’équipe du Temps des Rêves, et à bientôt pour de nouvelles ondes !

Harmony

écriture, Culture, Lectures, Pour un monde meilleur, Théâtre, Vie de la Table

« La Mort et l’Écuyer du roi » de Wole Soyinka (1975)

Vous ai-je déjà parlé de cette pièce de théâtre stupéfiante, Death and the King’s Horseman de Wole Soyinka, connue en français sous le titre La Mort et l’Ecuyer du roi ?

Wole Soyinka
au sortir d’un théâtre
au Festivaletteratura
de Mantoue en 2019
(licence Creative Commons)

Quand j’ai découvert en khâgne le texte de cette pièce, grâce à notre professeure d’anglais de Fénelon, Mme Catherine Letellier, qui nourrissait un intérêt pour les littératures post-coloniales et notamment celles d’Afrique de l’Ouest (et que je salue et remercie), ce fut un choc retentissant. Soudain, j’ai cru voir se dessiner une nouvelle dimension…

Il m’a fallu aller plus loin. Quelques années après, je signais à la Sorbonne un mémoire sur huit tragédies du génie nigérian Wole Soyinka.

Cela a confirmé et approfondi ma perception première : depuis, j’ai appris à percevoir l’univers d’une nouvelle façon, plus riche et plus complexe, plus à même de recouvrir et d’expliquer les infinies imbrications et implications de la réalité.

Je ne vous résumerai pas la pièce, car je l’ai déjà fait de façon bien exhaustive et accessible à toutes et à tous : l’an dernier, j’ai créé et rédigé l’intégralité de la page Wikipédia francophone de La Mort et l’Écuyer du roi, à l’occasion de la première édition de son Mois africain.

Lisez-y le début et la mise en contexte, mais faites attention de ne pas vous gâcher les surprises : j’ai pris soin de présenter ce chef-d’œuvre en profondeur, jusque dans des détails où se logent parfois les clefs. Une fois la pièce lue, vous pourrez aussi aller plus loin en lisant ces explications informées que j’ai pu partager grâce à mes recherches.

Cette initiative a pour objectif de pousser à un déclic. Wole Soyinka a beau avoir été honoré en 1986 du prix Nobel de littérature, cette pièce époustouflante n’a à ce jour, à ma connaissance, jamais été jouée sur le sol français, malgré une édition française du texte et une première francophone au Sénégal. Elle mérite pourtant d’être lue, jouée, vue, car elle recèle une puissance transformatrice titanesque et le monde soi-disant « blanc », plus que nul autre, a besoin d’écouter ce qu’elle a à lui dire. Et je veux œuvrer à cet avènement.

Que les fractales lui soient propices,

Harmony

écriture, Vie de la Table

« Communication » dans Pierres d’Encre 9 : poème mis en voix et en images par Sarah Kügel

Merveilleuse surprise de confinement : la talentueuse Sarah Kügel a choisi de mettre en voix et monter en images mon poème « Communication », dont la parution dans la revue poétique indépendante « Pierres d’Encre » a été retardée par l’enfermement général.

À force de jongler entre mille choses, je n’avais pas encore pris le temps de vous en parler. Ce poème en prose, écrit il y a déjà maintes années maintenant, a eu la chance d’être sélectionné l’année dernière lors de l’appel à textes de l’association Le Temps des Rêves pour être publié dans le numéro du printemps suivant de sa revue poétique. Pour lire le texte imprimé, ce sera donc dans le « Pierres d’Encre 9 », entièrement illustré par Hannah Papacek Harper, que vous pouvez vous procurer via ce lien.

Cette poésie se déconfine peu à peu, les envois des pré-commandes ne sauraient tarder. Mais de nombreux poèmes comme celui-ci ont ainsi eu la chance inattendue d’acquérir une voix et une nouvelle forme.

Alors, en attendant, je vous laisse quelques instants en compagnie de Sarah et de son interprétation délicate de « Communication » :

Merci encore à l’artiste Sarah Kügel, qui a su donner à mes lignes une fraîcheur adolescente et une innocence énergisante qui m’ont attendrie. C’était un magnifique cadeau auquel je ne m’attendais pas, et j’en suis émue. 🕊

Aux lectrices et lecteurs à qui cet avant-goût aura plu, je vous invite à découvrir également les autres participations et collaborations que cette jolie aventure poétique a créées, comme celles de la poétesse Flora Delalande, qui continue depuis la Normandie ses appels poétiques ou contés à domicile qui ont fleuri pendant le confinement. Vous pouvez toutes les retrouver sur la page Facebook de l’association Le Temps des rêves.

À bientôt pour de nouvelles ondes !

Harmony

écriture, Vie de la Table

Woménésie : poésie de femmes confinées

Au début du confinement, une bouteille à la mer, lancée par une inconnue, est par hasard parvenue de l’étranger jusqu’à moi. J’en ai lu le message et j’ai décidé de répondre à cet appel.

🌔🌕🌖

C’est Alex Safar, alias la Nomade, vivant en Écosse, qui proposait un projet collaboratif. “Woménésie” serait une vidéo, qu’elle posterait sur sa chaîne, composée d’un melting-pot hétérogène de courts textes en plusieurs langues (français, anglais, espagnol), écrits, mis en voix et en images, par-delà les frontières, par des femmes qui ne se sont jamais rencontrées de leur vie. Nous ne devions évidemment pas nous consulter les unes les autres, mais faire nos choix seules, les yeux fermés.

Je me suis prise au jeu. J’ai pioché dans mon chapeau un de mes poèmes correspondant aux contraintes de longueur, j’ai enregistré ma lecture à voix haute, puis j’ai laissé le soin à Alex d’y ajouter des images, car mes capacités de tournage et de montage sont actuellement bien limitées (an opportunity for growth?), et j’ai attendu.

Je suis heureuse aujourd’hui d’entendre éclater cet étrange cocktail molotov !

🌔🌕🌖

Le titre de mon poème ? « Je suis sorcière ».

C’est le septième de la vidéo, que vous pouvez à présent visionner ici :

Merci à Alex Safar pour cette initiative, la coordination de ces énergies éclectiques et ce partage. Cela m’a permis de découvrir de nouvelles artistes, à savoir : Hannah Papacek Harper, Dédé Anyoh, Juliette Nicolas, créatrice des Éditions du Sidh, Corine Maxwell, Gaïa Mugler et Marie Guimier. Mais aussi de passer à l’étape de la mise en voix de mes textes, que d’ordinaire je partage peu, et cela m’ouvre de nouvelles perspectives…

Quant à vous, gentilles lectrices et lecteurs, gentils auditeurs et auditrices, comme toujours, que les fractales vous soient propices !

Harmony

🌔🌕🌖

Vie de la Table

Reste chez toi

Chose étrange que je ne pensais pas mettre sur la Table, mais n’arrivant pas à dormir la veille du 1er mai et alors que je perds mes repères temporels en confinement, mes pensées revenaient sans cesse à la nuit de Walpurgis (une poignée de personnes dans la confidence comprendront pourquoi) et cette chose m’est revenue en tête.

Début mars, alors que la vague de coronavirus commençait à envahir les médias, j’étais moi-même malade. A priori je n’avais pas de raison solide de penser être contaminée par ce virus particulier, mais j’étais assez mal pour renoncer à la manifestation du 8 mars. Le samedi soir précédent, de mauvaise humeur à cause de cet état de santé qui ruinait mes plans à court terme, j’ai fait ce qu’il m’arrive de faire depuis un an lorsque je me sens bloquée ou déboussolée : j’ai sorti un de mes deux jeux de tarot de Marseille, le plus sombre et le plus complexe – alias le Scapini, du nom de son dessinateur –, afin d’en faire un tirage.

Entendons-nous bien : je n’ai jamais cru que ces bouts de carton étaient investis de quelconques pouvoirs magiques. Je considère ma pratique personnelle comme projective, et en aucun cas divinatoire. Le tirage n’a pas pour but de me renseigner sur l’avenir, mais de me faire transposer mes soucis sur les cartes par effet Barnum. Les symboles et archétypes dont le tarot regorge sont assez larges et ambigus pour correspondre par hasard à une multitude de situations et s’y projeter.

Le « tirage Boussole » en question

Dans le « tirage Boussole », que j’ai d’abord inventé avec son propre jeu pour une ex-amie qui avait du mal à regarder la réalité en face et à se prendre en main, la carte du milieu est censée représenter la situation de la personne qui s’interroge. En l’occurrence, la mienne. Les cartes placées aux points cardinaux sont censées faire choisir la meilleure voie parmi des chemins auxquels on n’aurait pas forcément pensé autrement. Autrement dit, je l’utilise comme un moyen d’élargir mes perspectives et d’y réfléchir, par un mélange d’intuition et d’introduction d’une petite dose de mathématiques du chaos.

Or, pour la première fois, ce tirage m’a laissée encore plus perplexe et déboussolée. C’était de loin le tirage le plus catastrophique que j’aie jamais fait. Je n’arrivais pas à donner du sens quant à mes préoccupations à la carte centrale – le Quatre de Deniers qui peut représenter l’isolement, la rétention, l’avarice ??… –, et toutes les « voies » étaient à l’envers, comme autant de mises en garde et de sens interdits. Dont l’arcane majeur du Jugement, au Nord, avec une représentation du Jugement dernier biblique, et celui de la Mort, à l’Est. 

De plusieurs maux, j’ai cru devoir choisir le moindre. Ça ne m’a pas même traversé l’esprit que je pouvais m’abstenir. Pourtant, tout semblait me hurler « Mets tout sur pause ! », « Arrête tout et reste où tu es. » Mais je brûlais de l’envie d’avancer coûte que coûte, pas de stagner. Bon gré, mal gré, j’ai essayé de me bricoler une interprétation bancale, sans vraiment être convaincue et déplorant au passage d’avoir sans doute touché les limites de ma réinterprétation « rationnelle » de l’usage du tarot : on ne tombe pas toujours par hasard sur ce qui nous correspond, n’est-ce pas ? Mais j’ai quand même pris en photo ce tirage pour y jeter un nouvel œil plus tard, au cas où un peu de recul lui donnerait a posteriori une signification plus claire et pertinente.

Puis tout s’est enchaîné très vite. Le lundi suivant, alors que le président de la République encourageait encore à ne pas céder à la paranoïa en allant au théâtre, on m’a demandé d’aller consulter un médecin. Le lendemain, par mesure de précaution, j’étais déjà en télétravail. Deux jours après, j’étais en arrêt maladie de 14 jours, avec la mention « confinement » (sans avoir été testée). Le week-end ont commencé les rumeurs d’un confinement généralisé d’ampleur nationale. Pour éviter au maximum de sortir, j’ai dû faire comme beaucoup de monde les plus grosses courses que j’ai jamais faites de ma vie, afin de stocker ce qu’il me fallait pour vivre un certain temps en autarcie. Mes colocataires ne sont pas revenues chez nous et sont restées se confiner ailleurs. Je me suis retrouvée entièrement seule pour les semaines à venir.

Avec tout ça, ce tirage du samedi soir était passé loin, bien loin de mes préoccupations immédiates. Quand j’ai été un peu remise du choc et qu’il m’a fallu trouver des occupations pour combler ce nouveau temps d’ouvert, j’y ai soudain repensé. J’ai retrouvé le cliché sur mon smartphone, j’ai réexaminé les cartes et… je suis partie dans un grand fou rire !

Le catastrophisme des cartes aux points cardinaux m’a finalement paru être à la hauteur de la situation que nous vivons collectivement avec la pandémie. (La Mort venant de l’Est, enfin !! C’est presque comique et grossier dans la coïncidence.) Et surtout, cette mystérieuse carte centrale, dont je n’arrivais pas à percer la signification et qui pourtant devait symboliser ma situation, m’a semblé soudain limpide : on y voit une femme en vêtement de religieuse, qui évoque la vie en couvent, entourée de cercles et de spirales, dans une sorte de mouvement infini sans progression. Elle serre dans ses bras un paquet avec l’air avide, comme si sa vie en dépendait, et le vase et la corolle de fleurs évoquent aussi le stockage en recueillant des gouttes d’eau. Dans les quatre disques des deniers, des symboles relatifs à la nuit (deux croissants de lune en haut) et à l’enfermement (une muraille close sur elle-même, apte à tenir un siège, et un chat en cage). Tout à coup, il m’a paru facile de m’identifier à cette peinture : avec le manque de lumière qui me donne l’impression de vivre une longue nuit ininterrompue, c’était bien mon propre reflet en confinement.

Il y a des moments où, même si l’on s’efforce de garder une vue dépassionnée et rationnelle sur les choses, le hasard nous fait un pied de nez en nous suggérant des dimensions qui dépassent de loin notre faculté de compréhension et nos calculs de probabilités. Ça m’a fait un peu cet effet avec ce tirage troublant dans un moment qui a dépassé ce que j’estimais crédible et raisonnable.

Je n’ai pas de morale à cette histoire, ni d’enseignement à prodiguer, ni de sagesse à en tirer. Si ce n’est peut-être que je devrais parfois moins écouter ma raison et tendre davantage l’oreille du côté de mon intuition, et que celle-ci maintenant s’inquiète de la programmation du déconfinement. J’avais envie de partager mon étonnement et je vous laisse libres de tirer vos propres conclusions.

Quoi que vous en pensiez, chers lecteurs et chères lectrices, que les fractales vous soient propices…

Harmony

Lectures, Pour un monde meilleur, Vie de la Table

« Quand je serai grande je changerai tout » d’Irmgard Keun (1936)

Ce dimanche, parce qu’il faut bien se trouver de nouvelles façons de s’amuser en confinement, j’ai relevé le challenge #unlivreuncafe ! 📙

☕ En voici les règles : il s’agit de prendre et de poster sur Instagram une photo d’un livre et d’un café, de préférence avec une mise en scène en accord avec le thème du livre où l’esthétique de sa couverture. Et avec une présentation du livre en question, c’est encore mieux.

Pour ce faire, le livre que je venais de finir s’imposait : Quand je serai grande je changerai tout d’Irmgard Keun (1936), traduit de l’allemand par Michel-François Demet et révisé par Marie Hermann aux éditions Agone (2017), dans la collection Infidèles.

Coup de cœur absolu pour ce livre ! C’est le livre dont j’avais besoin en confinement, qui m’a fait rire toute seule dans mon lit à minuit passé.

Tout commence en 1918, en Allemagne, à la fin de la Première Guerre mondiale ; ce qui n’empêche nullement la narratrice de mener sa vie telle qu’elle l’entend, ou presque.

Accrochez-vous, car cette petite fille débordante de vitalité, que les autres enfants n’ont plus le droit de fréquenter, va vous embarquer dans un tourbillon de bêtises toutes plus délicieuses les unes que les autres et faire tourner les adultes en bourrique ! Et en même temps, parfois, ils sont tellement incohérents dans leurs attentes et empêtrés dans leurs contradictions qu’ils méritent bien d’être un peu secoués…

Ravie de découvrir Irmgard Keun, une autrice à l’humour décapant tellement craint par le régime nazi, dont elle a vu venir le danger dès le début, qu’ils ont classé toute son œuvre sur leur liste noire de la « littérature de l’asphalte avec tendances anti-allemandes » en raison de ses « attaques haineuses contre la morale bourgeoise et le caractère national allemand ». Interdite de publier, ses livres alimentant les flammes des autodafés de 1933, qu’à cela ne tienne : POUF !, elle leur pond trois ans plus tard, en guise de pied de nez, un Quand je serai grande… publié en Belgique !

C’est décidé, celle-là, je la ferai entrer au Dictionnaire universel des créatrices !

Merci à @unlivreuncafe d’avoir proposé sur Instagram ce défi amusant afin de pimenter notre confinement. ☕

Cela changera de mes photos de livres habituelles, en espérant que les couleurs vous donneront peps et bonne humeur !

Que les fractales vous soient propices,

Harmony