Lectures, Pour un monde meilleur

« Ce qu’elles disent » de Miriam Toews (2018)

Ces derniers mois, j’ai lu le roman canadien Ce qu’elles disent de Miriam Toews (Women Talking, 2018), publié en français dans la traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné aux éditions Buchet/Chastel. Je vous en fais part pendant ce confinement, ainsi que d’autres lectures dont je n’ai pas eu le temps de vous parler avant.

Ce récit s’inspire des atrocités découvertes dans une communauté chrétienne mennonite de Bolivie dénoncées dans la presse dans les années 2000 : des hommes ont méthodiquement drogué et violé des femmes de leur communauté dans leur sommeil, leur faisant croire au réveil qu’elles ont été possédées par le Diable.

D’où un dilemme qui concerne beaucoup plus de monde que les branches religieuses minoritaires qui vivent en autarcie, loin du reste du monde, mais qui se pose au bas mot à toutes les femmes et tous les enfants violé·e·s et maltraité·e·s : doit-on se couper de nos racines, puisque ce sont elles qui nous mordent ? Ferait-on mieux de fuir ? Mais où trouver refuge, quand c’est dans notre refuge que l’on est agressée ? Quelles chances y a-t-il que ce soit mieux ailleurs ?

Miriam Toews, elle-même élevée dans la foi mennonite, imagine huit femmes agressées de cette communauté qui se réunissent pour décider quel parti prendre : pardonner ? partir ? rester pour se battre ?…

J’ai trouvé le rythme de l’histoire un peu long et la progression lente (mais vous avez le temps, maintenant…). Cependant, elle a le rare mérite d’aborder un sujet peu mis en lumière, car difficile à regarder en face : les violences sexuelles sont en écrasante majorité le fait d’hommes de confiance dans nos cercles proches, c’est-à-dire un crime intra-communautaire, voire intra-familial.

On touche presque une aporie. Et cette question devient de plus en plus préoccupante à une période où nous sommes prié·e·s de ne plus sortir de chez nous.

Autre point positif que je tiens à souligner, car c’était un sujet de crainte de ma part en ouvrant ce livre : non, ce roman ne vous inflige pas des scènes traumatisantes sous couvert de les dénoncer.

Soyez vigilant·e·s aux violences en ces temps d’enfermement, n’hésitez pas à appeler la police pour vous ou pour toute autre personne qui aurait besoin d’aide, et que les fractales vous soient propices.

Harmony

Culture, Lectures, Pour un monde meilleur

« Ourika » de Claire de Duras (1823)

Dernièrement, j’ai découvert, dans une réédition de 1979 des éditions des femmes, la première héroïne et narratrice noire de la littérature occidentale, jamais mentionnée pendant mes études de lettres !

Début de conte de fée cruel qui finit en tragédie, c’est l’histoire d’une prise de conscience du racisme.

Déportée du Sénégal et sauvée in extremis de l’esclavage, Ourika est élevée dans l’aristocratie française pour comprendre à l’âge de 12 ans qu’elle en sera toujours exclue. Elle ne se sentait pas différente, jusqu’à ce que l’œil blanc la noircisse à ses propres yeux. Ses proches mêmes la refoulent à la marge.

Le personnage d’Ourika est d’une délicatesse infinie. Sa trajectoire injuste rappelle de façon réaliste le conte de La Petite Sirène d’Andersen, avec dix-quinze ans d’avance, où sa couleur de peau naturelle deviendrait, par le truchement pernicieux du racisme en France, insupportable queue de poisson qui la désespère. Là où la petite sirène acceptera de se métamorphoser en écume de mer, Ourika renoncera de même au monde et va trouver refuge dans un couvent.

Les notes qui accompagnent le texte soulignent sa dimension autobiographique. Se nourrissant de ses propres chagrins et de son sentiment d’étrangeté dans son milieu, l’autrice les a transposés et sublimés plus loin qu’elle-même, pour comprendre et inventer un personnage telle qu’Ourika.

Une lecture poignante et surprenante, que je vous recommande d’autant plus chaudement qu’elle devrait se trouver en bonne place au sein de notre panthéon littéraire français.

Que les fractales vous soient propices !

Harmony

Lectures, Pour un monde meilleur

« La petite fille sur la banquise » d’Adélaïde Bon (2018)

Il a fallu que j’entende la voix douce d’Adélaïde à la radio et en podcast, en français et en anglais, que je la rencontre en chair et en cheveux pour que le spectre que je craignais dans ces pages se dissipe et disparaisse. Le livre lui-même est un exercice en exorcisme.

Vous connaissez déjà le sujet : les conséquences d’un viol pédocriminel, minimisé sous le terme d’« attouchements sexuels », sur la vie d’une jeune femme atteinte d’une amnésie traumatique partielle de ce crime. Il lui faudra des années pour reconstituer le puzzle, pour comprendre qu’elle n’est pas folle, que ses symptômes culpabilisants s’expliquent par les spécificités des psychotraumatismes sexuels sur le cerveau des enfants. Tout refera surface, le violeur-cambrioleur en série sera arrêté, jugé, condamné, après avoir saccagé la vie de dizaines, voire de centaines, de petites filles dans son sillage. Mais c’est elles qui remportent la guerre, malgré toutes leurs cicatrices, et en sortent la tête haute.

C’est pour cela qu’il ne faut pas avoir peur de ce trésor d’écriture : il est de ces mises en mots qui réparent, qui soulagent en remettant le monde à l’endroit. L’authenticité qui s’en dégage est un miracle absolu et c’est cette franchise qui a des vertus cicatricielles. C’est un appel aux victimes isolées pour les repêcher depuis leurs puits de solitude et leur dire, les yeux dans les yeux : « Ce ne sont pas nous, les monstres. »

La petite fille sur la banquise, tapie au fond de l’autrice, parle à travers ce livre aux autres petites filles, au fond de ses lectrices. Et c’est une des expériences les plus émouvantes que j’ai jamais vécues.

J’aurais voulu le 8 mars le dire à Adélaïde de vive voix, dans la manifestation dans laquelle nous aurions dû nous retrouver. Je n’ai pas pu venir pour raisons de santé.

Alors je partage ce ressenti ici, avec retard, en l’honneur du 8 mars que je n’ai pas fêté. Et cela me fait revivre notre défilé du 24 novembre dernier, ce torrent de rébellion joyeuse dans lequel Adélaïde et moi nous sommes retrouvées côte à côte, à soutenir une banderole dans le froid de l’hiver et à crier à pleins poumons nos slogans salvateurs, et à rire, rire, rire, avec cette « joie sauvage » des petites filles qui ne s’assombrissent pas du mauvais temps et sautent à pieds joints, de toutes leurs forces, dans les flaques d’eau.

Merci mille fois, Adélaïde. Jamais je n’oublierai.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

Culture, Pour un monde meilleur

Le règne des Césars

« Dans la France du début du XXIème siècle, » lira-t-on plus tard dans les livres d’Histoire, « on honorait encore publiquement les hommes violeurs et sadiques en leur attribuant des dons surnaturels, supérieurs à la moyenne, notamment dans le domaine de l’art.

Leurs œuvres faisaient l’objet de distinctions spéciales et ils recevaient plus que toute autre catégorie de la population des subsides publiques afin de poursuivre leur carrière dans des conditions extraordinairement favorables, et donc rendre effective cette prophétie auto-réalisatrice.

Ainsi, Roman Polanski, criminel violeur notoire en fuite dans son pays, reçut le financement public de la Région Île-de-France, ainsi que le soutien et la collaboration de vedettes de la culture française de l’époque, jouissant d’une grande popularité, afin de réaliser le film J’accuse, distordant les faits réels de l’erreur judiciaire la plus emblématique de France, mais néanmoins nommé 12 fois aux Césars du cinéma.

Alors que des talents cinématographiques époustouflants étaient en lice face à lui, le prix du Meilleur réalisateur fut donc attribué au seul candidat connu pour être un violeur en série d’adolescentes, dans une indifférence quasi générale.

Seules quelques femmes quittèrent la salle en signe de protestation, et quelques autres n’exprimèrent ensuite que quelques plats regrets. »

Lectures, Pour un monde meilleur, Théâtre

« Ce qu’il faut dire » de Léonora Miano (2019)

Offert à un ami togolais pour son anniversaire, lu avec autant d’intérêt par son épouse française, ce texte a vite fini entre mes mains curieuses.
Retour à l’envoyeuse.

Je l’ai commencé du bout des lèvres, à peine voisé, sur un strapontin du métro.
Je l’ai fini à haute et intelligible voix, en résonance, debout dans mon salon.
D’une traite, en poursuivant ma lecture en pleine marche.

C’est vrai que ce texte doit être dit, doit être prononcé, mis en voix, incarné, traverser le corps entier, porté par le souffle des poumons pleins jusqu’à la bouche.

Il faut trouver la vibration commune, se confronter à comment infléchir le son des variations typographiques inscrites en noir sur le blanc de la page.

Par la langue, il faut que ça atteigne le cerveau. Il faut que ça s’y inscrive. Il faut creuser. Excaver. Comme l’on sonde et fouille la terre pour trouver les ossements des crimes impunis, maquillés. Parce qu’il n’y a pas de paix sans justice.

Il faut lire Ce qu’il faut dire.

Merci à Léonora Miano. Merci aussi à l’éditrice Claire Stavaux sans qui nous n’aurions pas une telle sélection chez L’Arche. Une seule personne au bon endroit peut faire changer tant de choses.

Chers lecteurs, chères lectrices, à vous maintenant de le lire.

Que les fractales vous soient propices,

Harmony

Lectures, Pour un monde meilleur

« Pardon » d’Eve Ensler (2020)

Ma première lecture de l’année aura donc été celle de Pardon d’Eve Ensler. Célèbre pour ses Monologues du vagin, l’autrice américaine est également à l’origine du V-Day et a cofondé avec le Dr. Denis Mukwege, prix Nobel de la Paix, la Cité de la Joie au Congo.

Le texte français par Héloïse Esquié est paru il y a une semaine chez Denoël.
Il s’agit d’une autofiction d’un genre (à ma connaissance) nouveau : l’épistolière écrit à la place de son père, décédé il y a 30 ans et qui l’a violée et maltraitée toute son enfance et adolescence, la lettre d’excuses qu’elle n’a jamais reçue de lui.

« Pardon » d’Eve Ensler (couverture)

En raison du titre français, j’appréhendais cette lecture : s’agissait-il de vanter aux victimes de sévices les bienfaits de pardonner à leurs bourreaux ? Le titre anglais, The Apology (2019), est moins ambigu : non, c’est bien le tortionnaire incestueux qui est sommé de présenter ses excuses et de reconnaître les souffrances atroces infligées à sa fille.

Paru dans le sillage des récits de violences sexuelles subies publiés ces deux dernières années, dur mais cathartique, cet ouvrage pose la prochaine étape de #MeToo pour que notre culture change vraiment : les agresseurs doivent reconnaître publiquement leurs crimes, assumer la responsabilité de leurs conséquences dévastatrices et enrayer pour de bon le cercle vicieux des récidives, alors que prévaut l’impunité.

Ensler leur propose un modèle : à eux d’entamer le travail de se regarder enfin dans une glace et d’admettre les ravages en chaîne qu’ils causent dans notre société.

Merci aux éditions Denoël de contribuer à l’amplification de cette voix indispensable en ce début de nouvelle décennie et à bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

Lectures, Pour un monde meilleur, Vie de la Table

Mots Écrits : archives des violences contre les femmes

Hier soir à l’Espace des femmes, rue Jacob, à Paris, en partenariat avec la Maison de la Poésie, j’ai assisté à une impressionnante lecture publique d’archives sur les violences commises par les hommes sur les femmes depuis des siècles et des siècles d’histoire de France.

Ces archives ont été compilées avec soin, et obtenues après maints obstacles, par la comédienne Sophie Bourel, avec sa compagnie théâtrale et poétique La Minutieuse. J’ai pu apporter ma pièce à l’édifice avant, en participant à la transcription de quelques unes de ces archives…

Depuis les comptes rendus de procès en sorcellerie, des témoignages de femmes martyrisées par leurs conjoints violents que seules aident une poignée d’associations, en passant par les jugements de relaxe d’hommes coupables de féminicides, les lectrices et un lecteur volontaires ont brillamment mis en évidence dans ces « Mots Écrits » le continuum des violences sexistes et sexuelles du Moyen Âge à aujourd’hui.

Ça a été aussi pour moi l’occasion d’expérimenter (avec une belle coquille introductive de correcteur automatique) mon premier live tweet, que vous pouvez lire ici :

Un grand bravo à toutes et à tous pour leur courage, leur force morale et leur intégrité de nous présenter à voix haute ces archives tenues soigneusement sous clef depuis des décennies, voire des siècles !

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

Culture, Pour un monde meilleur, Théâtre, Traductions

« Les Fleuves de Chine » d’Alma De Groen : traduction-adaptation

Si nous réussissions à changer nos attitudes, ce n’est pas seulement que nous verrions la vie sous un jour différent, c’est que la vie elle-même en viendrait à être différente.
Katherine Mansfield

Alors que la langue anglaise fait preuve d’une (relative) grande neutralité de genre, il n’en va pas de même de notre langue française.

En tant que traductrice confrontée la pièce Les Fleuves de Chine d’Alma De Groen en langue originale (la moitié historique entre Katherine Mansfield face à son mari John Middleton Murry et le maître mystique Georges Gurdjieff mise à part), la moitié de science-fiction politique m’a vite posé problème.

Il m’a fallu trouver des moyens d’en rendre crédible le propos, qui repose sur un retournement narratif carnavalesque du rapport de forces entre les sexes, tout en le fondant dans une langue qui lui est fondamentalement hostile.

Le français, en effet, rend ce saut imaginatif impossible, du moins d’une manière crédible sur le long terme, par le verrouillage des règles mêmes de sa grammaire officielle. C’est pourquoi j’ai d’abord cru Les Fleuves de Chine impossible à traduire dans son intégralité dans notre langue, du moins sans que ce passage n’anéantisse d’un coup et irrémédiablement la suspension d’incrédulité de tout le public francophone.

L’intégration dans une même « communauté linguistique »,
qui est un produit de la domination politique
sans cesse reproduit par des institutions capables d’imposer
la reconnaissance universelle de la langue dominante,
est la condition de l’instauration
de rapports de domination linguistique.
Pierre Bourdieu
Ce que parler veut dire : L’économie des échanges linguistiques (1982)

Après une longue maturation et un travail de recherche, j’ai trouvé une parade linguistique créative apte à sauvegarder la crédibilité de la pièce en français. Ironiquement, cette transposition la rend encore plus frappante que le texte original, car l’écart entre les deux mondes se révèle alors encore plus terrible et profond.

Ainsi, pour une moitié du texte, j’ai opéré une certaine alchimie linguistique. Toutes les répliques des personnages natifs de la future Australie matriarcale imaginée par Alma De Groen ont été traduites, ou plutôt adaptées, en français, selon les principes de « la féminine universelle ».

Inventée (à ma connaissance) par la dramaturge féministe française Typhaine D, lauréate du prix Gisèle Halimi 2018 au concours d’éloquence de la Fondation des Femmes, dans son seule-en-scène Contes à Rebours (2012), « la féminine universelle » est une logique linguistique en opposition à « l’universel masculin ».

C’est « la française », mise en miroir provocateur et révélateur avec « le français ».

Il faudrait bâtir et imposer des modèles culturels féminins
(fondés sur une « spécificité » féminine, si l’on veut)
qui aient valeur universelle dans un monde où
universel = masculin.
Autrement dit, cultiver la marginalité
jusqu’à ce que la marge occupe la moitié de la page.
On en est loin.
Marina Yaguello, linguiste,
Les Mots et les Femmes (1978)

En cohérence avec le contexte politique, social et psychologique dépeint par Alma De Groen, j’ai porté l’innovation linguistique de Typhaine D plus loin en remplaçant la règle grammaticale dite du « masculin l’emporte (sur le féminin) » par « la féminine l’emporte (sur la masculine) », avec de surcroît la féminisation de certains mots-clefs fondateurs.

Dans son travail littéraire, Typhaine D respecte habituellement l’ancienne règle égalitaire de proximité, à part dans son morceau de bravoure satirique La Pérille mortelle, présenté au concours d’éloquence du collectif Droits humains pour tou·te·s, en contrepoint comique à la déclaration alarmiste de l’Académie française contre la pratique de l’écriture inclusive en 2017.

C’est de ce retournement parodique que je me suis inspirée – tandis qu’elle-même a entre temps fait de La Pérille mortelle un seule-en-scène complet qui a rencontré en 2019 un franc succès au Café de la Gare à Paris.

Ici, il s’agit de prendre à revers la règle artificielle de genre encore en vigueur en français actuel, ainsi justifiée par le grammairien Nicolas Beauzée en 1767 :

« Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin
à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

Elle fait écho à l’affirmation arbitraire de l’abbé Bouhours au siècle précédent :

« Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte. »

Ici, le genre le plus noble n’est plus celui que le public francophone a l’habitude d’entendre.

lire un texte qui transgresse la forme standard
force à changer de programme mental pour pouvoir lire.
il n’y a plus de distance.
la nouvelle forme,
qui d’une manière ou d’une autre n’est pas familière,
force à lire autrement
– non pas à lire à propos d’autres choses,
mais à lire d’une autre façon.
Andrea Dworkin
postface de Woman Hating (1974),
« La grande lutte de la ponctuation et de la typographie »

Seule cette inversion radicale du français permet de rendre compte de l’hécatombe masculine – la hausse du taux de suicide des hommes est évoquée dès l’ouverture de la pièce – et de la psychologie aliénée du personnage fictif de Wayne, inhibé en tant qu’homme dans cette société matriarcale qui l’empêche de se construire comme créateur.

Ce n’est qu’à ce prix que celle-ci apparaît comme une transposition fidèle du blocage créatif du personnage historique central : Katherine Mansfield, façonnée ici comme figure archétypale de l’autrice née en patriarcat.

Sans cela, la pièce d’Alma De Groen devient boiteuse, perd toute crédibilité dans le monde francophone et le public ne peut mesurer ni la pertinence ni la portée subversive du propos de cette dramaturge australienne contemporaine dont l’œuvre est restée jusqu’ici inédite en France.

La femme artiste,
c’est un endroit extrêmement douloureux de notre histoire,
parce qu’effacé complètement.
Il y a une ou deux figures qui émergent de temps en temps
et les autres n’existent pas.
Et, encore aujourd’hui, on est dans cet effacement des œuvres des femmes.
Carole Thibaut

Bonne découverte et à bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

NB : Vous travaillez dans le monde du spectacle ou de l’édition,
vous êtes directrice ou directeur de théâtre, productrice ou producteur,
metteuse ou metteur en scène, comédienne ou comédien,
ou bien encore éditrice ou éditeur,et la traduction de cette pièce pique votre curiosité ?
N’hésitez pas à m’envoyer vos questions à travers la rubrique Contact
et me demander une copie du texte français.

Si vous êtes spectateur ou spectatrice potentiel·le
et que vous aimeriez voir la pièce sur scène,
partagez l’article pour que le projet se fasse connaître
en France et en francophonie !

correction, Lectures, Pour un monde meilleur

« La Tyrannie du silence » de Claire Maximova (2019)

Mon premier billet littéraire et première recommandation de lecture que je souhaite partager à ma Table seront consacrés à un bijou très particulier, éclos dans l’année en cours, qui a pour moi une importance spéciale.

Le mois de janvier 2019 à été marqué par la sortie de l’autobiographie La Tyrannie du silence de mon amie Claire Maximova.

Pierre à l’édifice du mouvement #metoo, elle a participé aux nombreuses dénonciations des violences sexuelles subies par des sœurs aux mains de prêtres, rarement punis, souvent promus, dans l’Église catholique : un scandale que son violeur, seulement déplacé au Canada, pensait ne jamais voir exploser car, disait-il, le public était trop occupé à n’y chasser que les  « pédophiles »…

« La Tyrannie du silence » de Claire Maximova (couverture)

Ce texte, dont j’ai eu le privilège de corriger en amont plusieurs chapitres, est d’une force peu commune. Malgré la longueur de l’ouvrage, les chapitres courts et enlevés se lisent avec rapidité et on ne voit pas les pages passer. Leur plus grande qualité est leur puissance immersive : on comprend au fil des pages comment le couvent des carmélites a sapé l’énergie débordante de l’autrice et a détruit son estime d’elle-même avant que son agresseur saisisse cette occasion pour fondre sur sa victime affaiblie.

Ce n’est donc pas juste la dissection du mode opératoire d’un homme singulier, surnommé Pierre-Judas, qu’opère ce livre, mais celle de toute une institution et d’une culture qui infantilisent et déstabilisent leurs plus fidèles adeptes sous leur autorité pour les abandonner et les diaboliser au moindre sursaut d’amour-propre ou de quête de justice.

Ça ne m’a donc pas surprise quelques mois plus tard de voir figurer La Tyrannie du silence parmi les finalistes du prix Jean-Jacques Rousseau, qui récompense les plus belles autobiographies à Montmorency.

Un beau travail aussi de l’équipe éditoriale du Cherche Midi qui, je sais, a travaillé avec cœur et respect auprès de Claire pour cette remarquable publication. 

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

Pour un monde meilleur

Tree-Nation : parlons peu, parlons arbres

Je ne pensais pas parler arbres et mettre si vite ce sujet végétal sur la Table. Les circonstances s’y prêtent toutefois, entre un réchauffement climatique toujours plus préoccupant qui fait sécher jusqu’à l’école par ses enfants, la forêt tropicale brésilienne partie en fumée cette année et la déforestation qui accélère à un rythme de plus en plus infernal au lieu de ralentir.

Planter de nouveaux arbres, au-delà de l’aura romantique et symbolique que cela peut revêtir, devient une urgence. Pour prendre conscience de la nécessité et de l’impact bénéfique de la reforestation, et parce que je ne pense pas pouvoir faire plus fort, plus clair et plus concis que cela, je laisse Greta Thumberg vous présenter les explications de George Monbiot pour Nature Now en une merveilleuse vidéo :

Greta Thumberg et George Monbiot pour Nature Now (VO en anglais, sous-titres en français)

L’inscription sur Tree-Nation

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé les arbres. Je me souviens de la tristesse à la découverte qu’un objet que j’aime tant, le livre, se façonnait au prix de leur destruction. Sans avoir encore conscience de l’urgence, il m’a d’emblée paru naturel de redonner à la Terre ce qu’on lui avait pris, afin que les uns ne se fassent pas trop au détriment de l’ensemble des autres. Afin que la culture ne s’accroisse pas à un prix démesuré pour la nature.

Quand, au cours de mon passage en classe préparatoire excessivement papivore, en 2010, j’ai dû m’abonner au journal britannique The Economist pour nous entraîner à une épreuve d’anglais, j’ai reçu en cadeau pour mon nouvel abonnement ma première graine plantée sur le réseau Tree-Nation. Ma curiosité a été piquée et je n’ai pas eu besoin d’être priée pour aller explorer cette plateforme. Je me suis vite inscrite et impliquée dans les activités virtuelles de cette communauté prévue pour qu’elles soient suivies d’implications bénéfiques réelles.

100 arbres plantés en moins de 10 ans

Le principe est simple : sur Tree-Nation, on peut recevoir une graine virtuelle qui, si on l’arrose collectivement suffisamment pendant le temps qui lui est imparti, sera convertie en un arbre virtuel. Pour chaque arbre virtuel obtenu, Tree-Nation s’engage à planter une véritable pousse et à s’en occuper dans la réalité pour qu’elle grandisse et s’épanouisse dans une de ses nombreuses plantations à travers le monde.

Victime de son succès immédiat, la plateforme a dû changer son fonctionnement à plusieurs reprises, car l’organisation concrète des plantations n’arrivait plus à suivre l’engouement des internautes et la multiplication effrénée de leurs arbres virtuels. C’est à cause du chaos des restructurations successives que j’ai quitté le train en marche en 2013, à force de voir le réseau changer au point de ne plus le reconnaître et de ne plus comprendre un système devenu plus lent, plus compliqué et moins pratique. Mais, après plusieurs années d’absence, la plateforme a révisé sa copie et j’y suis retournée courant 2018 grâce à une citoyenne Tree-Nation qui ne m’a pas oubliée et qui m’a offert une nouvelle graine.

Depuis, j’y retourne quotidiennement, je plante et arrose des graines, les miennes et celles des autres, en offre, j’invite de nouvelles personnes sur la plateforme. J’y ai retrouvé l’atmosphère chaleureuse de ses débuts, la communauté la plus bienveillante que j’aie jamais côtoyée sur la toile et un nouveau système qui fonctionne bien, ce qui m’a rendu mon enthousiasme initial. Mon assiduité et l’engagement patient des équipes de Tree-Nation sont tels que, au cours de ce mois de septembre 2019, sur les 120 graines que j’ai pu virtuellement planter avec l’aide de tout ce système de soutien et de gentillesse, j’ai eu le plaisir de découvrir que 100 arbres réels ont ainsi pu être plantés dans le monde en moins de 10 ans.

Rejoignez Tree-Nation !

J’entends déjà penser les plus pragmatiques d’entre vous : n’est-ce pas un peu bête d’aller faire des clics sur un site web pour planter de faux arbres en attendant que d’autres prennent la peine d’en planter de vrais, quand on peut se retrousser les manches et planter un arbre par soi-même ? Si vous en avez la possibilité, je trouve ça fantastique et je vous remercie, faites-le donc sans attendre. Mais pour ma part, je n’avais pas le mode de vie adéquat pour planter par moi-même 100 arbres en 10 ans et m’occuper de leur croissance.

C’est ainsi aux personnes comme moi qui ne possèdent pas de terrain, qui n’ont pas forcément la main verte, qui vivent de façon presque nomade ou citadine, et qui veulent pourtant contribuer dans la mesure de leurs maigres moyens à la régénération de la Terre que je m’adresse. Au lieu de vous morfondre d’impuissance face à la calamité environnementale qui s’apprête à s’abattre sur la planète si l’on ne met pas en œuvre des mesures concrètes pour l’endiguer, je vous propose de nous rejoindre sur Tree-Nation et de consacrer un peu de temps à la compensation de votre propre influence sur l’environnement.

La plateforme retravaillée propose, en plus de son fonctionnement ludique, un suivi de l’impact année par année de vos arbres pour donner l’objectif à la fois personnel et commun de compenser grâce à eux la quantité approximative de CO2 que l’on émet au cours de nos activités humaines. Je suis encore loin d’avoir rempli cet objectif pour 2019, mais cela donne un but concret et motivant à atteindre. Celles et ceux qui en ont les moyens peuvent même s’inscrire au programme Serial Planteur en faisant chaque mois un don automatisé suffisant pour que Tree-Nation puisse planter un nombre d’arbres équivalent à leurs émissions annuelles. Les entreprises peuvent également s’inscrire dans des programmes adaptés pour entrer dans ce cercle vertueux.

J’espère que cette présentation vous aura donné un peu d’espoir et de baume au cœur en vous insufflant l’envie de nous y rejoindre et de vous y impliquer. Partagez cet article sur vos réseaux, parlez-en entre ami·es, parlez-en en entreprise. Et n’oubliez pas : « Tout compte. Ce que vous faites compte. »

Pour finir, je souhaite profiter de cet article pour féliciter et remercier les formidables équipes de création, de maintenance et de gestion des plantations sans qui rien de tout cela n’existerait et ne serait possible. Je suis extrêmement reconnaissante pour tout votre travail pour lequel j’ai la plus grande admiration.

Merci encore, et que les fractales vous soient propices !

Harmony