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Culture, Lectures

« Une mort très douce » de Simone de Beauvoir (1964)

C’est là ma toute dernière lecture du confinement. (Oui, je lis bien plus vite que je ne le rapporte ici, je gagnerai du temps sur mon retard en gardant sous silence les livres qui m’ont déçue ou déplu dernièrement. 🤫 )

Depuis un moment dans ma bibliothèque, intouché, ce livre m’est revenu entre les mains suite à une série de cauchemars qui m’ont jetée dans ses préoccupations. Lorsqu’une ombre me hante, ma seule façon de la dissiper est de m’y confronter.

De Simone de Beauvoir, sans surprise, je connaissais avant tout la philosophe. Par le récit autobiographique des derniers temps de la vie de sa mère, emportée par un cancer de l’intestin foudroyant, je découvre une autrice moins dans l’abstraction que plongée dans les multiples dimensions du vécu personnel.  Elle y gagne en humanité sans y perdre en hauteur de vue. Sa plume ne m’a jamais paru si proche, vivante et universelle qu’en acceptant de raconter son histoire intime dans sa singularité. 

Une mort très douce aborde par la narration de cet épisode douloureux, vécu par tout le monde de différentes façons, des questions difficiles à poser, comme à résoudre :

Que faire face à la mort imminente d’un·e proche ?

« Une mort très douce » de Simone de Beauvoir

Peut-on en décider comme pour soi ?

Vaut-il mieux abréger ses souffrances ? ou la maintenir en vie coûte que coûte ?

Mieux vaut-il annoncer à la personne qu’elle va mourir ? la forcer à contempler sa mort prochaine par souci de vérité ? ou bien lui épargner cette conscience pour lui rendre plus légers ses derniers instants ?

Dans quelle mesure peut-on être à l’écoute inconsciente de l’autre pour respecter son choix non formulé ?

Que sait-on vraiment des dernières volontés de quelqu’un ?

Que faire quand il agit à l’encontre de celles-ci le moment venu ?

Sait-on vraiment à l’avance la façon dont on voudra mourir soi-même ?

Je me souviens de Circonfession de Jacques Derrida, dont j’ai écouté la lecture dans La Bibliothèque des voix quelques mois auparavant : deux livres écrits autour d’un même événement, la mort de la mère, et deux façons de l’aborder différentes. Ici, la forme du récit rend le texte plus abordable. L’écriture juste, sensible, réfléchie et pudique dans la mise à nue m’a profondément touchée, ainsi que l’humilité de Beauvoir, qui admet qu’elle a alors agi à l’encontre de ce qu’elle aurait toujours cru faire en pareille circonstance.

En définitive, voici une lecture que je n’hésiterai pas à qualifier de nécessaire, quoiqu’elle puisse faire peur, car il vaut mieux réfléchir sur ce qui nous effraie que d’en être frappé·e de plein fouet sans y être prêt·e le jour venu. C’est une façon de s’y préparer en douceur et j’en sais gré à Simone de Beauvoir pour cela.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

édition, Culture

Matrimoine en péril : la maison de Colette appelle à l’aide

écrit au sein des éditions
des femmes-Antoinette Fouque

À Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, le directeur de la maison de Colette et président de la Société des amis de Colette, Frédéric Maget, lance un appel au secours pour sauvegarder la maison de l’écrivaine.

Ouverte au public en 2016, après restauration, le lieu s’est d’emblée hissé au rang des visites littéraires les plus conseillées en France. Mais fermée pendant 4 mois en raison de l’épidémie de coronavirus, ne pouvant accueillir au maximum 3 fois moins de visites à sa réouverture qu’à l’accoutumée, la maison de Colette a essuyé des pertes de 40 % et pourrait bien d’ici peu faire naufrage si une aide substantielle ne lui est pas apportée.

Sidonie-Gabrielle Colette,
alias Colette

Aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, nous fêtons cette année les 40 ans de La Bibliothèque des voix. Or, l’écriture chaleureuse et sensuelle de Colette l’a élue depuis l’origine comme l’une des autrices-phares, incontournables, de notre collection pionnière de livres parlants.

Nous ne pouvons qu’être sensibles à cet appel que nous relayons aujourd’hui avec un sentiment d’urgence. Il s’agit non seulement de sauver l’héritage d’une écrivaine remarquable des lettres françaises, mais aussi le lieu emblématique d’une lignée mère-fille, où rayonne l’attachement de Colette à Sido, et de lutter contre l’effacement des femmes artistes qui sévit implacablement sous de multiples formes depuis des millénaires. Préserver cet héritage féminin et maternel requiert un effort actif, toujours renouvelé, qui est la raison d’être des éditions des femmes.

En attendant que des institutions culturelles viennent au secours de ce matrimoine en péril, les particuliers peuvent d’ores et déjà le soutenir grâce à leurs dons à cette adresse.

Quant à nous, nous vous laissons avec Colette elle-même, en écoutant un extrait de son recueil de nouvelles La Maison de Claudine lu pour La Bibliothèque des voix par Anny Duperey, inspiré par la maison maternelle :

Extrait de La Maison de Claudine, de Colette, lu par Anny Duperey,
sur le SoundCloud de La Bibliothèque des voix

Retrouvez Colette et Sido dans le catalogue des éditions des femmes-Antoinette Fouque :

Livres parlants de La Bibliothèque des voix

Livres imprimés

édition, Culture, Traductions

« Le Mariage et l’Amour » d’Emma Goldman (1914)

Premier livrel d’une nouvelle série de traductions féministes

On pense généralement au sujet du mariage et de l’amour que l’un et l’autre sont synonymes, qu’ils prennent leur source dans le même élan, et qu’ils répondent aux mêmes besoins humains. Comme la majorité de ce qu’« on » pense généralement, cette opinion repose non pas sur des faits réels, mais relève de la superstition.

Emma Goldman, Le Mariage et l’Amour (1914)

Chères lectrices, chers lecteurs,

Il est temps de vous annoncer une bonne nouvelle : la Table d’Harmony se fait petite maison d’édition indépendante !

Ma traduction de l’essai d’Emma Goldman Le Mariage et l’Amour (1912) est désormais disponible en livrel*, aux formats Kindle ainsi qu’ePub sur Kobo, Google Play Livres et le site de la Fnac.

C’est ma première publication indépendante, créée dans une perspective militante. L’objectif est de rendre facilement accessibles en français, et à mon rythme, de courts textes critiques de figures du féminisme anglophones méconnues en France et dans le monde francophone.

Dans cet essai de 1914 de l’anarchiste et féministe Emma Goldman, le mariage est mis sur le banc des accusés, au même titre que l’exploitation capitaliste. Contrat de dupe sous l’égide des religions et de l’État, l’amour y est l’appât accroché à son hameçon et la femme le poisson préparé dès la naissance pour être consentant. L’autrice dépouille l’institution conjugale de son mysticisme romantique et de sa respectabilité au nom de la défense des droits des femmes et des enfants. Aussi farouchement critique qu’optimiste, Le Mariage et l’Amour est un plaidoyer en faveur de la maternité et de l’amour libres.

Vous pouvez d’ores et déjà télécharger votre exemplaire en ligne à petit prix, découvrir le texte dans ma traduction et me faire vos retours, toujours précieux.

Surtout, dites-moi si l’initiative vous intéresse et si vous voulez découvrir d’autres textes à l’avenir. Ce n’est là qu’un début !

Bonne lecture à tou·te·s, et que les fractales vous soient propices !

Harmony

* Oui, « livrel » est bien la traduction de l’anglais ebook. N’est-ce pas joli ? Pourquoi ne pas l’utiliser davantage ?

PS : Dernières mises à jour le 14 juillet 2020 pour la mise en disponibilité du livrel sur Kobo et le 17 juillet pour la Fnac, puis pour sa sortie sur Google Play Livres en novembre 2020.

Culture, Lectures

Dédicace de Marc Cheb Sun, auteur de « Et je veux le monde » (2020)

Agréable soirée hier soir à la librairie Libralire, rue Saint-Maur, Paris 11e, malgré la chaleur étouffante.

J’ai pu y faire dédicacer mon exemplaire du roman Et je veux le monde, premier né du label La Grenade, par son auteur Marc Cheb Sun, qui y faisait sa première rencontre post-confinement après une sortie… confinée.

À la suite d’une présentation de son univers et de ses inspirations, nous avons pu y entendre une mise en voix et en musique réussie de ce premier roman. Belle mise en valeur avec un DJ du rythme et du style du texte, qui y gagne des dimensions et une énergie supplémentaires.

Un livre audio en perspective, peut-être ?

C’était aussi l’occasion de voir présenté le nouveau média prometteur Frictions, mi-actualités mi-fiction, par l’un de ses fondateurs, Walid Rachedi.

Ça a fini en soirée nems/samoussas/cocktails/confidences avec Rahma, Rahmatou Sangotte, amie au dynamisme contagieux et meilleure autrice de haïkus que je connaisse, sur la terrasse bondée d’un bar fort sympathique…🍹

Merci à Marc pour cette dédicace, pour son ouverture et son abord simple et enthousiaste, ce qui est rare et précieux.

Et oui, pour répondre à ton petit mot, avec un tel prénom, c’est non seulement le monde, mais surtout la paix dans le monde que l’on veut… Et il y a du boulot !

On y travaille ? ⚒

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

Culture, Lectures, Pour un monde meilleur

Souvenirs de Billie Holiday, par Françoise Sagan, en soutien au mouvement Black Lives Matter

Aujourd’hui, je souhaite partager un extrait choisi d’un livre audio lu par son autrice, portrait lucide et poignant de Billie Holiday par Françoise Sagan, en soutien solidaire au mouvement Black Lives Matter.

Avec mon meilleur souvenir, immortalisé à La Bibliothèque des voix, s’ouvre sur la rencontre de Françoise Sagan avec Billie Holiday, la chanteuse adorée de son adolescence. Elle va jusqu’au Connecticut rien que pour l’entendre chanter, puis des années après, elle la retrouve à Paris, diminuée et affaiblie. C’est cette seconde rencontre que restitue ici l’autrice dans sa lecture, en 1986. Elle nous fait partager le choc de comprendre soudain, parce qu’elle le voit sur une femme qu’elle admire, les ravages du racisme systémique aux États-Unis d’Amérique, qui use et brutalise ses citoyen·ne·s noir·e·s jusqu’à la mort, dans l’indifférence criminelle du reste du monde.

Extrait d’« Avec on meilleur souvenir » de Françoise Sagan, enregistré par elle-même en 1986
pour La Bibliothèque des voix

Il est insupportable que ce texte, que les éditions des femmes ont choisi de porter aux oreilles du public dans les années 1980, soit toujours d’actualité au siècle suivant, en l’an 2020.

Depuis des années que je suis le mouvement Black Lives Matter, je porte le deuil de George Floyd, d’Adama Traoré, de Breonna Taylor, d’Eric Gardner et de toutes les victimes agressées et assassinées par la haine raciste, et ne peux exprimer que le choc, la tristesse et la colère que suscitent toutes les violences, policières ou autres, exercées sous couvert d’ineptes idéologies qui hiérarchisent les vies humaines et les anéantissent.

Il est grand temps que les Blanc·he·s de par le monde refusent publiquement de se taire et de fermer les yeux face à ces crimes, où qu’ils aient lieu, en « insouciants barbares de l’Histoire. »

Harmony

écriture, Vie de la Table

« Pierres d’Encre 9 » par Le Temps des Rêves

Belle surprise de la fin de semaine : j’ai eu le plaisir d’enfin recevoir mon adorable exemplaire de Pierres d’Encre 9, édité par Le Temps des Rêves, dans lequel figure mon petit poème en prose « Communication ».

Les envois ont été retardés à cause du confinement, une mauvaise fortune que l’association littéraire a su prendre avec bon cœur en se surpassant et faisant des adaptations audio et vidéo des poèmes de la revue. Mon poème à été interprété et mis en images avec brio par l’artiste Sarah Kügel… Je n’en reviens toujours pas !

Maintenant j’ai mon exemplaire à moi et il me fait fondre. J’adore cet étonnant format carré, et même si je l’avais déjà vu en photo, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si mignon !

C’est un délice de retrouver les poèmes découverts un par un tout au long du confinement et de les redécouvrir par des sens nouveaux.

De surcroît, les illustrations noir et blanc de Hannah Papacek Harper sont tout en délicatesse.

En vérité, j’ai l’impression d’avoir reçu un petit carré de paix et de douceur qui met du baume au cœur après une période bien sombre. Je l’ai reçu après orage qui a déchiré le ciel de Paris, et juste le soir de la pleine lune à l’éclipse pénombrale.

De belles pages qui se tournent, des poètes et poétesse à connaître, un plaisir de revenir quelques pages en arrière avec une note gourmande de revenez-y, et de nouveaux horizons qui se déploient…

Si vous voulez votre propre exemplaire, vous pouvez vous procurer le nouveau numéro de la revue, ainsi que toutes les autres publications du Temps des Rêves, à cette adresse.

Merci à toute l’équipe du Temps des Rêves, et à bientôt pour de nouvelles ondes !

Harmony

écriture, Culture, Lectures, Pour un monde meilleur, Théâtre, Vie de la Table

« La Mort et l’Écuyer du roi » de Wole Soyinka (1975)

Vous ai-je déjà parlé de cette pièce de théâtre stupéfiante, Death and the King’s Horseman de Wole Soyinka, connue en français sous le titre La Mort et l’Ecuyer du roi ?

Wole Soyinka
au sortir d’un théâtre
au Festivaletteratura
de Mantoue en 2019
(licence Creative Commons)

Quand j’ai découvert en khâgne le texte de cette pièce, grâce à notre professeure d’anglais de Fénelon, Mme Catherine Letellier, qui nourrissait un intérêt pour les littératures post-coloniales et notamment celles d’Afrique de l’Ouest (et que je salue et remercie), ce fut un choc retentissant. Soudain, j’ai cru voir se dessiner une nouvelle dimension…

Il m’a fallu aller plus loin. Quelques années après, je signais à la Sorbonne un mémoire sur huit tragédies du génie nigérian Wole Soyinka.

Cela a confirmé et approfondi ma perception première : depuis, j’ai appris à percevoir l’univers d’une nouvelle façon, plus riche et plus complexe, plus à même de recouvrir et d’expliquer les infinies imbrications et implications de la réalité.

Je ne vous résumerai pas la pièce, car je l’ai déjà fait de façon bien exhaustive et accessible à toutes et à tous : l’an dernier, j’ai créé et rédigé l’intégralité de la page Wikipédia francophone de La Mort et l’Écuyer du roi, à l’occasion de la première édition de son Mois africain.

Lisez-y le début et la mise en contexte, mais faites attention de ne pas vous gâcher les surprises : j’ai pris soin de présenter ce chef-d’œuvre en profondeur, jusque dans des détails où se logent parfois les clefs. Une fois la pièce lue, vous pourrez aussi aller plus loin en lisant ces explications informées que j’ai pu partager grâce à mes recherches.

Cette initiative a pour objectif de pousser à un déclic. Wole Soyinka a beau avoir été honoré en 1986 du prix Nobel de littérature, cette pièce époustouflante n’a à ce jour, à ma connaissance, jamais été jouée sur le sol français, malgré une édition française du texte et une première francophone au Sénégal. Elle mérite pourtant d’être lue, jouée, vue, car elle recèle une puissance transformatrice titanesque et le monde soi-disant « blanc », plus que nul autre, a besoin d’écouter ce qu’elle a à lui dire. Et je veux œuvrer à cet avènement.

Que les fractales lui soient propices,

Harmony

écriture, Vie de la Table

« Communication » dans Pierres d’Encre 9 : poème mis en voix et en images par Sarah Kügel

Merveilleuse surprise de confinement : la talentueuse Sarah Kügel a choisi de mettre en voix et monter en images mon poème « Communication », dont la parution dans la revue poétique indépendante « Pierres d’Encre » a été retardée par l’enfermement général.

À force de jongler entre mille choses, je n’avais pas encore pris le temps de vous en parler. Ce poème en prose, écrit il y a déjà maintes années maintenant, a eu la chance d’être sélectionné l’année dernière lors de l’appel à textes de l’association Le Temps des Rêves pour être publié dans le numéro du printemps suivant de sa revue poétique. Pour lire le texte imprimé, ce sera donc dans le « Pierres d’Encre 9 », entièrement illustré par Hannah Papacek Harper, que vous pouvez vous procurer via ce lien.

Cette poésie se déconfine peu à peu, les envois des pré-commandes ne sauraient tarder. Mais de nombreux poèmes comme celui-ci ont ainsi eu la chance inattendue d’acquérir une voix et une nouvelle forme.

Alors, en attendant, je vous laisse quelques instants en compagnie de Sarah et de son interprétation délicate de « Communication » :

Merci encore à l’artiste Sarah Kügel, qui a su donner à mes lignes une fraîcheur adolescente et une innocence énergisante qui m’ont attendrie. C’était un magnifique cadeau auquel je ne m’attendais pas, et j’en suis émue. 🕊

Aux lectrices et lecteurs à qui cet avant-goût aura plu, je vous invite à découvrir également les autres participations et collaborations que cette jolie aventure poétique a créées, comme celles de la poétesse Flora Delalande, qui continue depuis la Normandie ses appels poétiques ou contés à domicile qui ont fleuri pendant le confinement. Vous pouvez toutes les retrouver sur la page Facebook de l’association Le Temps des rêves.

À bientôt pour de nouvelles ondes !

Harmony

écriture, Vie de la Table

Woménésie : poésie de femmes confinées

Au début du confinement, une bouteille à la mer, lancée par une inconnue, est par hasard parvenue de l’étranger jusqu’à moi. J’en ai lu le message et j’ai décidé de répondre à cet appel.

🌔🌕🌖

C’est Alex Safar, alias la Nomade, vivant en Écosse, qui proposait un projet collaboratif. “Woménésie” serait une vidéo, qu’elle posterait sur sa chaîne, composée d’un melting-pot hétérogène de courts textes en plusieurs langues (français, anglais, espagnol), écrits, mis en voix et en images, par-delà les frontières, par des femmes qui ne se sont jamais rencontrées de leur vie. Nous ne devions évidemment pas nous consulter les unes les autres, mais faire nos choix seules, les yeux fermés.

Je me suis prise au jeu. J’ai pioché dans mon chapeau un de mes poèmes correspondant aux contraintes de longueur, j’ai enregistré ma lecture à voix haute, puis j’ai laissé le soin à Alex d’y ajouter des images, car mes capacités de tournage et de montage sont actuellement bien limitées (an opportunity for growth?), et j’ai attendu.

Je suis heureuse aujourd’hui d’entendre éclater cet étrange cocktail molotov !

🌔🌕🌖

Le titre de mon poème ? « Je suis sorcière ».

C’est le septième de la vidéo, que vous pouvez à présent visionner ici :

Merci à Alex Safar pour cette initiative, la coordination de ces énergies éclectiques et ce partage. Cela m’a permis de découvrir de nouvelles artistes, à savoir : Hannah Papacek Harper, Dédé Anyoh, Juliette Nicolas, créatrice des Éditions du Sidh, Corine Maxwell, Gaïa Mugler et Marie Guimier. Mais aussi de passer à l’étape de la mise en voix de mes textes, que d’ordinaire je partage peu, et cela m’ouvre de nouvelles perspectives…

Quant à vous, gentilles lectrices et lecteurs, gentils auditeurs et auditrices, comme toujours, que les fractales vous soient propices !

Harmony

🌔🌕🌖

Culture, Lectures, Pour un monde meilleur, Théâtre

« Une saison au Congo » d’Aimé Césaire (1967/1973)

Deuxième participation pendant le confinement au challenge #unlivreuncafe, proposé par @unlivreuncafe, cette fois-ci à l’occasion du dimanche 10 mai, journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage.

J’ai mis du temps à me mettre à cette pièce, car Une Tempête, réécriture de La Tempête de Shakespeare, m’a déçue par un trop-plein de didactisme qui m’a semblé rouiller les dialogues. Là encore, je dois dire que cette forme n’est pas le point fort de Césaire, bien meilleur quand son souffle se concentre en un monologue, comme dans la puissance dramatique extraordinaire du Discours sur le colonialisme. On le retrouve par petites touches dans Une saison au Congo, à travers certaines répliques de Patrice Lumumba.

Cependant, un peu de didactisme était ici le bienvenu, tant la situation du Congo de l’indépendance est complexe. Heureuse, d’ailleurs, d’avoir pu voir juste avant le récent documentaire Décolonisations de Karim Miské, qui m’a rafraîchi la mémoire sur ses grandes lignes et les protagonistes.

Ce que m’inspire la pièce et la situation historique qu’elle dépeint est tel que j’ai décidé de l’accompagner d’une Faucheuse aux mains blanches. Elle plane dès l’entrée sur un peuple saigné à blanc et s’abat, implacable, sur toute volonté de faire triompher le redressement du pays du côté de l’unité et de la vie : les dés pipés par les « ex »-colons belges forcent le ministre Lumumba et les autres tenants d’une véritable indépendance à jouer un jeu de dupes où leur échec est programmé à l’avance, et où les instances internationales, qui pourraient changer la donne, regardent leur dévoration, comme depuis les hauts gradins d’une arène romaine, et laissent faire, au nom de la « neutralité ».

L’horreur continue de l’histoire du Congo se résume par métonymie dans le nom de la capitale, plusieurs fois rappelé au cours de la pièce, tel un spectre qui la hante. Aujourd’hui Kinshasa, elle s’appelait encore « Léopoldville », d’après l’infâme Léopold II, roi des Belges, « le Roi aux 10 Millions de Meurtres sur la Conscience » comme l’a fixé Mark Twain.

Pour donner aux Français·e·s peu au fait une idée approchante du degré d’ignominie dans laquelle cela fait baigner la conscience, imaginez qu’en 1945 l’Allemagne ait gagné la guerre, que la France ait été annexée et que Paris ait été rebaptisée Hitlerville. Imaginez que des décennies après sa mort, après d’âpres luttes contre le travail forcé et des brimades à n’en plus finir, on vous « accorde » enfin l’indépendance. Et dans ce contexte, imaginez qu’à chaque fois que vous prononcez le nom du centre névralgique de votre pays que vous souhaitez émancipé, vous ne pouviez pas faire autrement que de rendre hommage au plus puissant de vos bourreaux et célébrer sa mémoire.

Comparaison n’est pas raison. Mais quand j’ai refermé les pages de cette pièce, je me suis demandé si au fond, de manière plus insidieuse, Hitler n’avait pas remporté la guerre, finalement.

Pour approfondir ces réflexions et découvrir la plume d’autres dramaturges, je vous recommande également Ventres pleins, ventres creux et Les Négriers (1971) de Daniel Boukman, ainsi que King Baabu de Wole Soyinka (2001).

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony