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« L’Esclavage sexuel » de Voltairine de Cleyre (1890)

Deuxième livrel d’une série de traductions féministes

Quel meilleur moment que la Journée internationale des droits des femmes pour vous présenter la dernière traduction et publication numérique de La Table d’Harmony ?

Après Le Mariage et l’Amour d’Emma Goldman, celle que cette dernière considère « la plus brillante des anarchistes des États-Unis » est à l’honneur : Voltairine de Cleyre.

Si vous ne la connaissez pas, laissez-moi vous faire découvrir cette figure de tête et de flammes !

Je vous présente aujourd’hui son discours le plus étonnant, L’Esclavage sexuel, prononcé en 1890 à Philadelphie, qui de façon surprenante ne traite pas principalement de la prostitution en tant que telle (bien que des parallèles soient dressés) mais de l’institution du mariage. Ce faisant, la militante anarchiste défie la censure puritaine, chappe de plomb empêchant de rendre public le vaste continent occulté des violences sexuelles.

Il m’a souvent été dit, par des femmes aux maîtres décents, qui n’avaient pas la moindre idée des attentats perpétrés sur leurs sœurs moins fortunées :
« Pourquoi ces épouses ne partent-elles pas ? »
Pourquoi ne courez-vous pas, quand vos pieds sont enchaînés l’un à l’autre ? Pourquoi ne criez-vous pas, quand votre bouche est bâillonnée ? Pourquoi ne levez-vous pas les bras au-dessus de vos têtes, quand on vous les plaque de force le long du corps ?

Voltairine de Cleyre, L’Esclavage sexuel (1890)

Voltairine de Cleyre harangue la foule et révèle un scandale : Moses Harman est en prison. Son crime ? L’obscénité : dans sa revue Lucifer, le Porteur de Lumière, il a osé appeler les organes génitaux par leur nom. Il publiait une lettre d’un médecin qui témoignait des séquelles de ses patientes, violées par leur mari avec la protection de la loi, et c’est lui que la justice condamne.
Contributrice de Lucifer, Voltairine de Cleyre cherche à rallier l’opinion américaine pour délivrer son camarade anarchiste. Elle taille en pièces le masque du puritanisme, démontre que le « devoir conjugal » relève du viol systématique légalisé* et dénonce ainsi l’institution traditionnelle du mariage comme la pire forme d’esclavage.

Vous pouvez retrouver L’Esclavage sexuel de Voltairine de Cleyre en livrel (ebook), dans ma traduction de l’anglais, à petit prix militant en ePub sur les sites de Kobo et de la Fnac, ainsi qu’en Kindle.

J’espère que ce 8 mars sera l’étincelle qui portera plus loin votre conscience de l’histoire des droits des femmes.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

* Le viol conjugal n’a été reconnu dans les pays occidentaux, et le devoir conjugal aboli, qu’au cours des années 1990, mais l’idée que le mariage impliquerait un « devoir » de se soumettre aux appétits sexuels de son époux reste très ancrée dans les mentalités et beaucoup de maris continuent à l’utiliser comme moyen de pression quotidien sur leur compagne. Face aux demandes qui m’ont été faites de pouvoir lire ce texte et celui d’Emma Goldman sur le mariage en version papier, je songe à vous composer une édition conjointe imprimée, qui serait alors accompagnée d’une chronologie du traitement du viol conjugal. Mais je vais devoir vous recommander la patience, car je travaille actuellement en collaboration sur une autre traduction de plus grande envergure dont j’espère pouvoir vous parler d’ici peu.

Lectures, Pour un monde meilleur

« Les Impatientes » de Djaïli Amadou Amal (2020)

Heureuse que ce roman de l’écrivaine camerounaise Djaïli Amadou Amal, déjà lauréat du prix Orange en Afrique 2019 sous le titre Munyal, les larmes de la patience et réédité en France sous le titre Les Impatientes aux éditions Emmanuelle Collas, ait été cette semaine déclaré vainqueur du Goncourt des lycéens 2020. J’ai assisté mercredi à l’annonce en visioconférence de sa victoire et je m’en suis réjouie.

Si le mariage forcé est depuis longtemps un sujet qui foisonne en littérature, tant dans le registre comique que tragique, ce livre a le mérite de placer en son centre, à sa juste place, l’élément le plus occulté qui le constitue pourtant : le viol conjugal.

Djaïli Amadou Amal souligne que si ces trois histoires enchâssées – celles de Ramla, Hindou et Safira – se situent toutes dans le milieu qu’elle connaît le mieux, à savoir la société peule polygame musulmane du Cameroun, elle n’en est pas moins presque universelle. Le viol conjugal, rappelle-t-elle à ceux et celles qui voudraient éviter de s’y penser confronté·e·s, n’est pas un particularisme culturel que l’on pourrait associer singulièrement à un peuple, une nation, un groupe religieux.

Le roman met en lumière ce que toutes les sociétés patriarcales du monde refusent de reconnaître et d’admettre : que ce crime, maquillé sous le nom trompeur et sévère de « devoir » conjugal pour éviter de le voir et culpabiliser les victimes, n’est pas un fait extraordinaire, mais ordinaire, qu’il n’est pas commis juste par quelques monstres mais par de nombreux hommes mariés et pères de famille bien intégrés, qu’il n’est pas l’exception, mais la règle. Qu’il est tellement banal que son émergence destructrice est devenue le point (dé)structurant autour duquel s’organisent les vies et les psychés brisées dites « féminines » de milliards de femmes de par le monde depuis des millénaires. Que les hommes de leur propre famille les cassent et les soumettent par ce biais, et que trop peu y réchappent.

Comme vous vous en doutez, c’est un sujet qui me touche. J’ai déjà abordé la problématique de l’institution traditionnelle du mariage dans ma traduction du l’essai Le Mariage et l’Amour d’Emma Goldman. Par ailleurs, une prochaine publication suivra, qui abordera plus frontalement la question criminelle du viol conjugal.

Bravo à l’autrice des Impatientes pour son courage de briser l’omertà la mieux gardée du monde et pour cette nouvelle victoire ! Nous n’avons plus la patience de tolérer ces crimes et d’attendre un changement qu’on nous promet, pour encore un autre « monde d’après » que jamais on ne connaîtra.

Que les fractales vous soient propices,

Harmony

correction, Culture, Lectures, Pour un monde meilleur, Traductions

« Femmes, race et classe » d’Angela Davis (1981)

Cet essai historique et politique, écrit par la légende vivante de la lutte pour les droits civiques en Amérique Angela Davis, a été traduit en français en 1983 par Dominique Taffin et le collectif de traduction des éditions des femmes-Antoinette Fouque, et réédité cette année, pour la première fois au format poche.
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Femmes, race et classe est une lecture indispensable pour comprendre la violence des rapports sociaux aux États-Unis d’Amérique, la mécanique implacable des systèmes discriminatoires, ainsi que l’infinie difficulté de coordonner les luttes pour les abolir.
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Récemment remis sur le devant de la scène par la percée du mouvement Black Lives Matter, ce livre est une mine d’or pour toute personne souhaitant se renseigner sur les mouvements des droits civiques et féministes aux États-Unis. Il met pour une fois à l’honneur comme forces historiques, non pas ceux qui ont tout pouvoir de tricoter les lois à leur avantage, mais celles et ceux qui, légalement privé·e·s de pouvoir, font pression pour les défaire et les remplacer par de meilleures.
✊🏽
Avec une précision clinique et sans complaisance, Angela Davis braque aussi le projecteur sur les aspects les moins glorieux de ces luttes. Elles, qui gagneraient tout à s’unir, ont fait l’objet de calculs égoïstes visant à gagner l’une contre l’autre, plutôt qu’ensemble. Les hommes noirs jouant sur leur privilège masculin pour être admis dans le boys’ club du pouvoir d’une part, et les femmes blanches sur leur privilège racial pour se rehausser au détriment des groupes ethniques dévalorisés d’autre part, les femmes noires ont été une fois de plus les grandes sacrifiées des deux camps.
✊🏼
Il s’agit d’une étude parfaite pour mesurer le chemin parcouru, depuis la privation totale de droits des personnes noires et des femmes sur le sol américain au XIXe siècle, jusqu’à l’élection ce mois-ci de Kamala Harris, première femme et personne racisée accédant à la vice-présidence des États-Unis.
✊🏽
La réédition de ce titre début 2020 au format poche aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, à laquelle j’ai eu la chance d’apporter ma contribution, a paru au moment parfait pour accompagner l’intérêt grandissant du public francophone pour ces problématiques. C’était un très grand honneur pour moi de me voir confier, dès mon arrivée au sein de la maison, la dernière étape de correction de cette traduction militante des années 1980 d’une autrice que j’admire au plus au point. J’ai pu lui rendre justice en chassant des coquilles résiduelles et en corrigeant, texte original à la main, quelques phrases rendues bancales par l’urgence éditoriale de l’époque, tout en respectant ses choix de traduction, pour le confort et la compréhension du lectorat du début du XXIe siècle.
✊🏾
C’est avec plaisir et fierté que nous voyons les exemplaires de ce texte être plus que jamais demandés, achetés, partagés, offerts, et ce texte lu, analysé, discuté, chroniqué, recommandé, preuve s’il en est qu’il s’ancre profondément dans la conscience collective et l’appréhension de notre monde actuel.
✊🏿
Si par mégarde vous êtes passé·e à côté, n’hésitez pas à contacter à Paris la Librairie des femmes pour recevoir ou aller chercher le vôtre !

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

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Lectures

« La Ballade du café triste » de Carson McCullers (1951)

Il s’agit d’un recueil de nouvelles américaines d’après-guerre pour les âmes bien accrochées. Celles qui n’ont pas peur de se prendre un coup de poing en plein ventre et de voir sous leurs yeux leurs tripes répandues par terre.

Couverture rose de « La Ballade du café triste » de Carson McCullers, dans l'édition française de Stock, posée sur l'accoudoir d'un canapé avec une fenêtre en fond.
« La Ballade du café triste » de Carson McCullers, dans la traduction française de Jacques Tournier, aux éditions Stock.

Le sens de l’observation de McCullers est aiguisé, lucide et sans concession, au point de faire mal. La nouvelle « Wunderkind », au titre plein de promesses*, m’a mise à genoux.
Ce n’est sans doute pas un hasard que l’alcool coule à flots entre ces histoires, comme s’il fallait au moins ça pour parvenir à glisser de l’une à l’autre, jusqu’au plongeon dans l’alcoolisme. Les quelques dénouements (presque) heureux, d’ailleurs, reposent sur une forme de refus de la réalité, d’oblitération de la conscience, de déni.

L’écriture de l’autrice, elle, vibre d’une énergie qui contredit cette chute libre, va dans une autre direction. Phénoménale, elle anime des personnages qui exsudent une vitalité étrange et farouche.

Dans la nouvelle-titre, les descriptions au maillet du comportement de Cousin Lymon, un trickster dans toute sa superbe terrifiante, me hanteront longtemps, tandis que le combat, larvé puis ouvert, entre Miss Amelia et Marvin Macy atteint par son intensité une dimension mythologique.

Un recueil à lire, assurément, mais pas n’importe quand, dans n’importe quelles circonstances, pour soi.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

* Soit « L’Enfant prodige ».

Pour un monde meilleur, Théâtre, Traductions, Vie de la Table

« Les Mauvaises Sœurs » d’Alma De Groen : traduction en confinement

Quoi de mieux, en ce début de second confinement, que de vous présenter les fruits mûrs du premier ? 🥝

Je ne sais pas m’ennuyer, et même enfermée chez moi en chômage partiel, je n’ai pas arrêté. En parallèle de la publication de l’essai d’Emma Goldman Le Mariage et l’Amour, traduit en français par mes soins, j’ai repris et mené à bout une autre traduction. Il s’agit d’une deuxième pièce, après Les Fleuves de Chine, d’une dramaturge australienne d’origine néo-zélandaise que j’adore : Alma De Groen.

Cette pièce en huis clos, portée par quatre femmes au milieu de la cinquantaine, a été écrite à une période du théâtre australien, les années 2000, où il n’y avait quasiment aucun rôle féminin de cet âge sur les planches.

Et vous savez quoi ? C’est aussi et encore le cas aujourd’hui en France, comme le met en lumière l’initiative du Tunnel des 50, ce pourquoi j’ai jeté mon dévolu sur ce texte, en plus de son humour corrosif, son irrévérence jubilatoire et son acuité déconcertante.

L’histoire ?

Le grand scientifique australien Alec Hobbes vient de mourir. Connu mondialement pour ses modélisations informatiques des stratégies de survie des espèces intelligentes, il a passé ses dernières années diminué par la maladie d’Alzheimer. Sa veuve, Meridee, cloîtrée dans le bureau du défunt dans les Montagnes Bleues, reçoit bon gré mal gré Judith et Lydia, deux amies du temps de la fac venues la réconforter. Une troisième s’incruste : Hester Sherwood, la féministe casse-pied de leur jeunesse qui avait disparu des radars. Sous l’œil sévère de l’ordinateur d’Alec, les retrouvailles des quatre amies s’enveniment alors que de vieilles rancœurs refont surface !…

Les Mauvaises Sœurs d’Alma De Groen entre tellement en résonance avec l’atmosphère mondiale actuelle que le Griffin Theatre de Sydney, en Australie, a d’ailleurs décidé de reprogrammer la pièce cet hiver :

Cela vous dirait de la voir au théâtre, en français, quand leurs portes rouvriront ? 🎭

Faites-le savoir !

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

NB : Vous travaillez dans le monde du spectacle ou de l’édition,
vous êtes directrice ou directeur de théâtre, productrice ou producteur,
metteuse ou metteur en scène, comédienne ou comédien,
ou bien encore éditrice ou éditeur, et la traduction de cette pièce pique votre curiosité ?
N’hésitez pas à m’envoyer vos questions à travers la rubrique Contact
et me demander une copie du texte français.

Si vous êtes spectateur ou spectatrice potentiel·le
et que vous aimeriez voir la pièce sur scène,
partagez l’article pour que le projet se fasse connaître
en France et en francophonie !

Culture, Théâtre

Halloween ou Arlequin ?

Connaissez-vous les liens obscurs entre Halloween et Arlequin ?

Le sympathique Arlechinno italien, qui foule toujours nos scènes de théâtre avec ses losanges, son masque et son bicorne, serait d’une extraction plus inquiétante que son costume bigarré nous laisse imaginer.

Son lointain ancêtre mythique aux racines nord-germaniques, Hellequin (ou Herlequin, Herla Cyning, Herla King, Harlekin, Erlkönig, Erlking…) ne serait autre que le roi légendaire – avec peut-être quelques fondements historiques – des bandits, des maudits, des démons, des morts sans repos et autres pauvres hères qui se réunissent en troupes spectrales, la Mesnée d’Hellequin, pour se lancer, les nuits où les mondes respectifs des vivants et des morts se rapprochent dangereusement, dans une fantastique chasse sauvage (die Wilde Jagdt, the Wild Hunt)…

Cette incarnation du Diable, pour l’Europe christianisée, aurait une ascendance païenne autrement plus noble. Ce serait Wotan lui-même, Odin pour les Scandinaves, le dieu-roi borgne de la connaissance, de la sagesse, de la victoire et de la poésie, découvreur des runes, qui mènerait à l’origine les morts dans leur chevauchée macabre. 

Cependant, le valet farceur de la commedia dell’arte aurait quant à lui gardé du Démon médiéval son traditionnel masque noir cachant son vrai visage et son chapeau à deux cornes qui évoque le bouc diabolique que l’on connaît bien, déformation du vieux dieu cornu de la nature. 

Y a-t-il une parenté étymologique entre Hellequin et Halloween ? Il y a une zone d’incertitude que certains n’hésitent pas à franchir, reléguant l’étymologie admise de All Hallows’ Eve, la « veille de la Toussaint », à une reconstruction chrétienne postérieure aux ancestrales manifestations qui ont nourri tous les carnavals et leur énergie révolutionnaire. 

Pour illustration, quelques photos prises l’année dernière, à la même période, lors de mon bref passage à la boutique vénitienne Il Campiello, à Paris, pour un remplacement impromptu. (Oui, j’aurais donc dans ma vie vendu des masques de Venise !) Entre autres personnages, les masques du medico della peste, le médecin de la peste, qui ont exercé sur moi une puissante fascination, prennent ce soir une étrange aura prophétique…

Belle pleine lune bleue à toutes les sorcières et sorciers de cette nuit unique et que les fractales vous soient propices ! 

Harmony

Culture, Lectures

« Lettres à la lune » de Fatoumata Kebe (2020)

Je vous ai parlé plus tôt dans l’année de La Lune est un roman de Fatoumata Kebe, qui a illuminé mon confinement. Ainsi, quand j’ai appris qu’un nouveau livre de cette astrophysicienne sortait cet été, c’est tout naturellement que j’ai couru en librairie me le procurer.

Les Lettres à la lune, aussi publiées aux éditions Slatkine & Cie, sont un recueil, constitué et présenté par l’autrice, d’histoires et de textes consacrés à la lune à travers les époques et différentes cultures, depuis les mythologies anciennes jusqu’aux balbutiements de la science-fiction, en passant par la poésie romantique et symboliste ou encore la chanson.

J’ai apprécié de parcourir cette diversité d’inspiration et d’esthétiques. Toutefois, l’ensemble reste une compilation, où Fatoumata Kebe se place discrètement au second plan. L’ensemble est ainsi moins « personnel », si je puis dire, car moins porté par le regard scientifique qui m’a tant plu dans le premier volume, et qui éclairait les mystères de cet astre familier.

C’est en définitive plus un excellent point d’entrée pour qui souhaite se plonger dans des recherches plus approfondies sur des textes lunaires, en donnant des idées de références à explorer et des extraits choisis qui ont un goût de revenez-y. Je le garde précieusement pour retrouver plus tard, dans leur entièreté, les textes qui ont nourri la passion de cette scientifique.

Mais je vous avoue : après ces deux lectures successives, j’attends maintenant la troisième et ultime publication, pour terminer ce beau cycle lunaire !

Que les fractales vous soient propices,

Harmony

Culture

Marjane Satrapi, « Femme ou Rien »

Souvenirs de l’exposition de peinture intitulée « Femme ou Rien » de Marjane Satrapi, artiste complète et autrice de la magistrale bande-dessinée autobiographique Persepolis, le 8 octobre2020 à la galerie Penthièvre de Françoise Livinec, à Paris.

Culture, Lectures

« Une mort très douce » de Simone de Beauvoir (1964)

C’est là ma toute dernière lecture du confinement. (Oui, je lis bien plus vite que je ne le rapporte ici, je gagnerai du temps sur mon retard en gardant sous silence les livres qui m’ont déçue ou déplu dernièrement. 🤫 )

Depuis un moment dans ma bibliothèque, intouché, ce livre m’est revenu entre les mains suite à une série de cauchemars qui m’ont jetée dans ses préoccupations. Lorsqu’une ombre me hante, ma seule façon de la dissiper est de m’y confronter.

De Simone de Beauvoir, sans surprise, je connaissais avant tout la philosophe. Par le récit autobiographique des derniers temps de la vie de sa mère, emportée par un cancer de l’intestin foudroyant, je découvre une autrice moins dans l’abstraction que plongée dans les multiples dimensions du vécu personnel.  Elle y gagne en humanité sans y perdre en hauteur de vue. Sa plume ne m’a jamais paru si proche, vivante et universelle qu’en acceptant de raconter son histoire intime dans sa singularité. 

Une mort très douce aborde par la narration de cet épisode douloureux, vécu par tout le monde de différentes façons, des questions difficiles à poser, comme à résoudre :

Que faire face à la mort imminente d’un·e proche ?

« Une mort très douce » de Simone de Beauvoir

Peut-on en décider comme pour soi ?

Vaut-il mieux abréger ses souffrances ? ou la maintenir en vie coûte que coûte ?

Mieux vaut-il annoncer à la personne qu’elle va mourir ? la forcer à contempler sa mort prochaine par souci de vérité ? ou bien lui épargner cette conscience pour lui rendre plus légers ses derniers instants ?

Dans quelle mesure peut-on être à l’écoute inconsciente de l’autre pour respecter son choix non formulé ?

Que sait-on vraiment des dernières volontés de quelqu’un ?

Que faire quand il agit à l’encontre de celles-ci le moment venu ?

Sait-on vraiment à l’avance la façon dont on voudra mourir soi-même ?

Je me souviens de Circonfession de Jacques Derrida, dont j’ai écouté la lecture dans La Bibliothèque des voix quelques mois auparavant : deux livres écrits autour d’un même événement, la mort de la mère, et deux façons de l’aborder différentes. Ici, la forme du récit rend le texte plus abordable. L’écriture juste, sensible, réfléchie et pudique dans la mise à nue m’a profondément touchée, ainsi que l’humilité de Beauvoir, qui admet qu’elle a alors agi à l’encontre de ce qu’elle aurait toujours cru faire en pareille circonstance.

En définitive, voici une lecture que je n’hésiterai pas à qualifier de nécessaire, quoiqu’elle puisse faire peur, car il vaut mieux réfléchir sur ce qui nous effraie que d’en être frappé·e de plein fouet sans y être prêt·e le jour venu. C’est une façon de s’y préparer en douceur et j’en sais gré à Simone de Beauvoir pour cela.

À bientôt pour de nouvelles ondes,

Harmony

édition, Culture

Matrimoine en péril : la maison de Colette appelle à l’aide

écrit au sein des éditions
des femmes-Antoinette Fouque

À Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne, le directeur de la maison de Colette et président de la Société des amis de Colette, Frédéric Maget, lance un appel au secours pour sauvegarder la maison de l’écrivaine.

Ouverte au public en 2016, après restauration, le lieu s’est d’emblée hissé au rang des visites littéraires les plus conseillées en France. Mais fermée pendant 4 mois en raison de l’épidémie de coronavirus, ne pouvant accueillir au maximum 3 fois moins de visites à sa réouverture qu’à l’accoutumée, la maison de Colette a essuyé des pertes de 40 % et pourrait bien d’ici peu faire naufrage si une aide substantielle ne lui est pas apportée.

Sidonie-Gabrielle Colette,
alias Colette

Aux éditions des femmes-Antoinette Fouque, nous fêtons cette année les 40 ans de La Bibliothèque des voix. Or, l’écriture chaleureuse et sensuelle de Colette l’a élue depuis l’origine comme l’une des autrices-phares, incontournables, de notre collection pionnière de livres parlants.

Nous ne pouvons qu’être sensibles à cet appel que nous relayons aujourd’hui avec un sentiment d’urgence. Il s’agit non seulement de sauver l’héritage d’une écrivaine remarquable des lettres françaises, mais aussi le lieu emblématique d’une lignée mère-fille, où rayonne l’attachement de Colette à Sido, et de lutter contre l’effacement des femmes artistes qui sévit implacablement sous de multiples formes depuis des millénaires. Préserver cet héritage féminin et maternel requiert un effort actif, toujours renouvelé, qui est la raison d’être des éditions des femmes.

En attendant que des institutions culturelles viennent au secours de ce matrimoine en péril, les particuliers peuvent d’ores et déjà le soutenir grâce à leurs dons à cette adresse.

Quant à nous, nous vous laissons avec Colette elle-même, en écoutant un extrait de son recueil de nouvelles La Maison de Claudine lu pour La Bibliothèque des voix par Anny Duperey, inspiré par la maison maternelle :

Extrait de La Maison de Claudine, de Colette, lu par Anny Duperey,
sur le SoundCloud de La Bibliothèque des voix

Retrouvez Colette et Sido dans le catalogue des éditions des femmes-Antoinette Fouque :

Livres parlants de La Bibliothèque des voix

Livres imprimés